Les marins pêcheurs ont durci mercredi leur mouvement contre l'envolée des prix du gazole, en exigeant du gouvernement un gazole à 0,40 euro le litre, alors que le ministre Michel Barnier s'apprêtait à annoncer seulement des aides d'urgence.
Leurs représentants, "mécontents des propositions" faites par le ministre, lui ont demandé d'en référer directement au président Nicolas Sarkozy et au Premier ministre François Fillon. M. Barnier s'est effectivement rendu à l'Elysée puis à Matignon en milieu de journée. Les négociations, suspendues dans la matinée, devaient reprendre au ministère vers 15H00.
Baisse immédiate
La principale exigence des pêcheurs porte sur une baisse immédiate du prix du gazole à 0,40 euro le litre, alors qu'il leur est vendu actuellement autour de 0,70 euro. "On restera au ministère tant qu'on n'aura pas obtenu satisfaction", a lancé Mourad Kahoul, vice-président du comité national des pêches. "Au besoin on est prêt à amener des matelas". "On ne bougera pas tant que le litre de gazole n'aura pas été fixé entre 0,30 et 0,40 euro le litre", a insisté le président du comité, Pierre Georges Dachicourt.
Selon M. Kahoul, "l'augmentation ces derniers mois de la facture représente un supplément de 6.000 à 8.000 euros par bateau et les empêche de sortir en mer". S'attaquant aux compagnies pétrolières accusées de "faire de la spéculation sur le dos des pêcheurs", il a demandé à la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, de les convoquer "pour réduire les prix du gazole comme l'avait promis le président de la République en janvier".
L'Europe
Egalement dans la ligne de mire des pêcheurs, l'Union européenne. "Pour des recommandations pour tuer la pêche française comme les quotas, les jours autorisés en mer et la capacité des moteurs, ils savent prendre des décisions en trois jours", en revanche "pour débloquer une crise, ils n'ont pas de volonté", a accusé M. Kahoul. "Le ministre pensait que son plan allait calmer les pêcheurs, mais non", a déclaré Yannick Tourcheaux, président du comité des pêches de Fécamp. Réclamant des "actes concrets tout de suite", il a averti que les responsables "ne contrôlent plus la base des pêcheurs".
"On ne va pas lever les barrages et on est prêt à bloquer les terminaux pétroliers", a renchéri M. Kahoul. Depuis le début de la matinée, une manifestation devant le ministère de 300 à 400 pêcheurs a dégénéré. Les manifestants ont lancé des fumigènes et des fusées de détresse en direction des forces de l'ordre qui bloquaient la rue. Quatre policiers ont été blessés, dont trois sérieusement, par des projectiles.
Durcissement
L'intervention de M. Tourcheaux n'a pas calmé le jeu. Il a même été insulté par certains manifestants, qui ont brûlé un drapeau européen. "Les mesures proposées ce matin par M. Barnier ne sont pas négligeables, notamment avec une amélioration sur le plan social et des aides pour les entreprises mais elles sont insuffisantes", a estimé M. Dachicourt. Mais, "la base m'écoutera quand j'aurai quelque chose de concret à leur annoncer", a-t-il ajouté.
La protestation des pêcheurs contre l'envolée des prix du gazole s'est amplifiée mardi et mercredi, avec le blocage de nouveaux dépôts de carburants. Les forces de l'ordre ont délogé mercredi matin la quinzaine de marins-pêcheurs du port d'Arcachon (Gironde) qui, depuis mardi soir, bloquaient le dépôt pétrolier de Bassens.


