Une partie des ordures qui suffoquent Naples est censée être incinérée en Allemagne mais, lenteurs de procédure obligent, elles n'arrivent qu'au compte goutte et sont de moins en moins bienvenues.
Seul l'Etat oriental de Saxe a reçu jusqu'à présent des immondices qui défigurent la capitale de Campanie. Mais le dernier convoi est arrivé mardi soir, date butoir prévue par un accord passé en février et qui ne sera pas reconduit.
"Il n'y a pas eu de demande de prolongation" du transport d'ordures napolitaines vers la Saxe, a indiqué mercredi à l'AFP Irina Düvel, porte-parole du ministère de l'Environnement du Land à Dresde, alors que le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi tenait symboliquement son premier conseil des ministres à Naples.
En outre "nous sommes peu disposés à en recevoir davantage", a ajouté Mme Düvel. En Saxe, "tout le monde n'est pas ravi de voir circuler des ordures" en provenance d'Italie, ajoute-t-elle. "L'Italie doit s'en occuper elle-même".
Sans compter que plus le temps passe, moins l'usine de traitement biologique de Saxe peut les utiliser. "Les ordures de la rue sont trop fermentées", selon elle. Si l'Etat était prêt à en recueillir plus, il faudrait que ce soient "des ordures fraîches".
160.000 tonnes de déchets
En février, au plus fort de la crise des déchets qui ébranlait le gouvernement, l'Italie avait lancé un appel à l'aide à la fédération allemande des entreprises de collecte des déchets BDE, raconte son porte-parole, Karsten Hintzmann. Celle-ci a battu le rappel de ses membres, dont plusieurs disposent de capacités disponibles.
Des contrats ont été conclus qui prévoyaient l'acheminement vers l'Allemagne et l'incinération ou le traitement de 160.000 tonnes de déchets en provenance de Naples, sur six mois. C'était le moment où l'Italie "avait besoin de bonnes nouvelles", souligne un responsable de l'industrie des incinérateurs.
Sur ce total, à peine un cinquième, soit 30.000 tonnes, ont été acheminées en Saxe. A ce jour, aucun train n'est arrivé dans les autres Etats fédérés.
C'est qu'une fois l'accord de principe donné, la machine administrative allemande s'est mise en route. Dans chaque Etat concerné, les autorités de protection de l'environnement doivent approuver le transport et le traitement des déchets. "Nous sommes prêts à aider, mais nous devons nous assurer que tout est en ordre", commente M. Hintzmann.
En Rhénanie-du-nord-Westphalie (ouest), qui doit recueillir jusqu'à 60.000 tonnes d'ordures, "il manque encore quelques petites choses" aux dossiers présentés, selon Ulrich Döhne, qui dirige le département de traitement des ordures au ministère de l'Environnement régional. "Mais quand ils seront complets, cela pourra aller très vite". Même chose en Saxe-Anhalt (centre), assure-t-on à Magdebourg, capitale régionale.
"Une opération tout juste rentable"
A Hambourg (nord), "nous avons mis les incinérateurs en marche et nous attendons l'arrivée" des ordures, affirme Volker Dumann, porte-parole de l'administration en charge de l'environnement. Pour l'instant l'Italie n'a rien envoyé, le premier train est attendu vendredi.
L'aide à Italie "doit rester une mesure exceptionnelle, ce n'est en aucun cas une solution durable", insiste-t-on dans les cercles du gouvernement allemand.
Les entreprises impliquées font certes des affaires, mais les prix pratiqués - aux alentours de 100 euros la tonne, selon des sources du secteur - "sont inférieurs à ce que les citoyens allemands paient", assure M. Döhne, et l'opération "tout juste rentable".(afp)


