L'opposition conservatrice a infligé un nouveau camouflet au Labour de Gordon Brown vendredi en remportant la législative partielle dans le fief travailliste de Crewe (nord-ouest), accentuant la pression sur un Premier ministre incapable d'enrayer sa chute de popularité.
Désarroi des travaillistes
Les résultats définitifs de ce scrutin partiel, qui a eu lieu jeudi, donnent la mesure du désarroi des travaillistes: le parti, qui jouissait dans la circonscription de Crewe et Nantwich d'une avance de plus de 7.000 voix au dernier scrutin, a cette fois été battu de près de 8.000 voix.
"Une remarquable victoire", triomphait vendredi matin le jeune chef de file des conservateurs, David Cameron, dont le parti signe au passage son premier gain dans une législative partielle depuis plus d'un quart de siècle. Pour lui, cette victoire d'un candidat conservateur en terres travaillistes, trois semaines après la déroute du parti de M. Brown aux élections locales du 1er mai, sonne ni plus ni moins comme "la fin du New Labour".
Cette appellation avait été forgée à la fin des années 90 pour désigner un parti travailliste modernisé et recentré sous la houlette de Tony Blair, qui avait chassé les conservateurs de John Major du pouvoir en 1997. Gordon Brown, qui a pris la direction du New Labour en succédant à Tony Blair en juin dernier, s'est employé vendredi à dédramatiser le résultat de cette législative partielle.
Message clair
"Le message du public britannique est clair et sans équivoque. Ils veulent que nous nous attaquions aux défis" liés aux turbulences économiques que traverse la Grande-Bretagne, a déclaré le Premier ministre.
Mais comme il l'avait fait après la déroute du 1er mai, M. Brown a démenti que sa propre impopularité ait pu expliquer la défaite de la candidate travailliste à Crewe, écartant donc toute remise en cause de son leadership.
Blues de mi-mandat
Alors que les caciques du Labour déplorent un classique "blues de mi-mandat", plusieurs analystes voient dans cette élection un tournant.
"N'ayez aucun doute là-dessus", écrit le commentateur politique de la BBC, Nick Robinson. "Si David Cameron devient Premier ministre, nombreux sont ceux qui considèreront que (les conservateurs) ont commencé à y croire après le scrutin de Crewe".
Pour Gordon Brown, les prochains mois s'annoncent particulièrement délicats, d'autant que la hausse continue des prix du pétrole et la baisse de ceux de l'immobilier augurent mal d'un prochain redressement du moral des ménages.
Concessions fiscales
Après la défaite du 1er mai, le Premier ministre s'est démené pour tenter de renverser la vapeur, à coups de coûteuses concessions fiscales aux foyers les plus modestes ou de présentation de plusieurs projets de loi pour 2008/2009. D'interviews en discours, l'ancien ministre des Finances de Blair a expliqué qu'il restait le mieux placé pour tenir la barre jusqu'aux prochaines élections, au plus tard en mai 2010.
Mais déjà se profile la conférence annuelle du Labour en septembre, qui pourrait être particulièrement houleuse si d'ici là Gordon Brown n'est pas parvenu à inverser la courbe des sondages. De nombreux travaillistes pourraient être tentés de remettre en cause le leadership de M. Brown, même si toute tentative de "putsch" requiert la signature d'au moins 71 élus.
Selon la presse, les Tories tenteront de leur côté de capitaliser sur la dynamique de Crewe pour provoquer une autre législative partielle: cette fois dans la circonscription de Henley (ouest de Londres), où siège actuellement un certain Boris Johnson. Le nouveau maire conservateur de Londres, qui avait provoqué un électrochoc en chassant les travaillistes de la capitale britannique, pourrait céder son siège de député dans les prochaines semaines. (belga)


