La France cherche à apaiser ses pêcheurs, la crise monte en Espagne

Le gouvernement français a tenté vendredi de "rassurer" les pêcheurs, qui protestent depuis une dizaine de jours contre la flambée du prix du gazole, tandis que leurs collègues espagnols et portugais menacent à leur tour d'entrer en action.
Les actions des pêcheurs français, notamment des blocages de ports et de dépôts de carburant- se sont poursuivies vendredi, malgré les aides promises par le gouvernement. Mais une amorce de reprise du travail était en cours dans certains ports de la côte atlantique.
Dans le nordLes pêcheurs du nord ont fortement perturbé pendant plusieurs heures le trafic marchand du détroit du Pas-de-Calais, l'un des plus fréquentés au monde, en organisant une opération escargot pour ralentir les navires transitant entre la Manche et la mer du Nord.
Avec près de 600 navires qui y transitent chaque jour entre la mer du Nord et l'Atlantique - soit 20 % du trafic maritime mondial - le détroit du Pas-de-Calais est le 2e le plus fréquenté après celui de Malacca entre l'Indonésie et la Malaisie. Des pêcheurs qui bloquaient la raffinerie Total de Dunkerque (Nord) ont levé leurs barrages en milieu d'après-midi.
Les pêcheurs nordistes protestent contre les quotas de cabillaud imposés par la Commission européenne qu'ils jugent trop faibles, et s'inscrivent aussi dans le mouvement national de blocage des ports pour protester contre le prix du gazole. Ils devraient néanmoins reprendre le travail lundi, selon plusieurs responsables syndicaux.
AvancéesLe ministre de la Pêche Michel Barnier a tenté d'apaiser la colère des pêcheurs et de les "rassurer" lors d'une réunion avec leurs représentants à Rennes. A l'issue de la rencontre, ces derniers ont salué des "avancées" vers l'objectif déclaré des pêcheurs: payer le litre de gazole 0,40 euro au lieu de 0,75 actuellement, grâce à un système de compensation prévu par le gouvernement.
Paris avait déjà annoncé mercredi le déblocage de 110 millions d'euros sur un programme de 310 millions d'euros annoncé en janvier. Le plan "a besoin d'être expliqué", a insisté M. Barnier, qui a également annoncé une aide sociale supplémentaire de 40 millions d'euros. De son côté, le Premier ministre François Fillon a affirmé que Paris avait "l'accord des autorités européennes sur les dispositions" d'aide d'urgence.
La Commission européenne a toutefois précisé qu'il s'agissait d'un "accord de principe". Les représentants des pêcheurs doivent désormais convaincre leur base en assemblées générales, ce qui s'annonce délicat. Les navires sont restés à quai dans de nombreux ports, dont les Sables d'Olonne ou le Guilvinec (ouest). La reprise du travail s'est en revanche amorcée dans d'autres ports de l'ouest, comme au Croisic ou à l'Ile d'Yeu.
EspagneTandis que la tendance semblait à l'apaisement en France, les pêcheurs espagnols ont menacé à leur tour d'arrêter de pêcher en juin. Ils réclament des mesures similaires à celles prises en France et dénoncent aussi le prix trop élevé des carburants, et celui trop bas de certains poissons. Ils ont annoncé une manifestation vendredi prochain à Madrid pour obtenir des aides du gouvernement.
Les pêcheurs portugais ont eux annoncé une grève vendredi prochain pour protester notamment contre la "concurrence déloyale" de leurs homologues français et espagnols soutenus par leurs gouvernements. Plusieurs centaines de pêcheurs belges ont pour leur part manifesté vendredi à Zeebrugge. Ils ont distribué une tonne de poissons frais au public. Ils réclament aussi une baisse des coûts de carburants.