Une nouvelle conséquence des propos de Karel De Gucht lors de sa visite au Congo.
MISE À JOUR
La République démocratique du Congo (RDC) a décidé de rappeler son ambassadeur à Bruxelles et de fermer son consulat à Anvers, pour protester contre des déclarations du ministre belge des Affaires étrangères qui aurait évoqué un "droit moral" de son pays sur son ex-colonie.
Après de "récentes déclarations du ministre belge des Affaires étrangères (Karel De Gucht) qui reconnaît au gouvernement belge un droit moral sur la RDC et ses dirigeants", Kinshasa "adresse une vive protestation au gouvernement belge", selon le compte-rendu du Conseil des ministres tenu vendredi soir à Kinshasa et diffusé samedi. Jean-Pierre Mutamba Tshampanga, l'ambassadeur de la République démocratique du Congo à Bruxelles, est déjà rentré à Kinshasa, ont confirmé plusieurs sources diplomatiques.
Le gouvernement congolais "rappelle que la RDC est un pays indépendant, souverain" et "ne reconnaît donc à aucun autre pays un quelconque prétendu droit moral sur elle". "En conséquence", le Conseil des ministres a décidé de "rappeler en consultation à Kinshasa l'ambassadeur de la RDC à Bruxelles et de fermer le consulat (de la RDC) à Anvers". Le Conseil "a également décidé de procéder au réexamen des termes de la coopération entre (les) deux pays, afin d'en évaluer l'ampleur réelle et d'en déterminer la nécessité".
Le porte-parole du ministre congolais des Affaires étrangères a confirmé que le rappel de l'ambassadeur était une façon de "protester d'une manière énergique" aux propos tenus par Karel De Gucht. Il a précisé qu'une note a été envoyée au gouvernement belge pour protester officiellement.
Du côté du SPF Affaires étrangères, on "prend note de ce qui s'est dit par communiqué" et on "attend de voir la teneur d'un éventuel message du gouvernement congolais" avant de réagir. Déjà très tendues depuis la dernière visite de Karel De Gucht à Kinshasa, en avril, les relations entre la RDC et son ancienne puissance coloniale entrent dans une phase de conflit.
Selon des sources diplomatiques congolaises, le ministre belge aurait évoqué ce "droit moral" à critiquer les décisions des dirigeants congolais lors d'un récent voyage en Chine, alors que la RDC vient de passer des accords de partenariat - très critiqués par l'opposition et certains bailleurs - de 9 milliards de dollars avec des entreprises chinoises.
Pour un diplomate congolais, "c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase", après de précédentes déclarations de Karel De Gucht qui avait dénoncé en avril à Kinshasa la corruption et les "privilèges fabuleux de quelques-uns".
Le président de RDC Joseph Kabila était alors lui-même monté au créneau, s'élevant contre "l'arrogance" du ministre belge. Dans un entretien au journal belge Le Soir, M. Kabila avait sommé la Belgique de décider du type de relations qu'elle souhaitait entretenir avec la RDC: "soit de très bonnes relations de partenariat adulte avec un Etat souverain et indépendant", soit des "relations de maître à esclave".
"On a frôlé la rupture" des relations diplomatiques entre la République démocratique du Congo (RDC) et la Belgique, avait indiqué une source diplomatique congolaise. "Le président était favorable à la rupture des relations. Finalement la décision du Conseil des ministres de vendredi a été le rappel de l'ambassadeur", Jean-Pierre Mutamba Tshampanga, a indiqué cette source sous le couvert de l'anonymat.
La décision du gouvernement congolais "est la conséquence de l'indignation suscitée à Kinshasa par la énième provocation du ministre belge des Affaires étrangères. Karel de Gucht, qui a déclaré, depuis Pékin, que la Belgique exerçait "un droit moral" sur la RDC, commente pour sa part Le Potentiel. (belga)


