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Des pêcheurs bloquent des ports de la Manche et de la Méditerranée

Un appel à bloquer les ports pendant 48 heures à partir de mardi matin a été voté lundi par des représentants d'une dizaine de ports de la Manche et de la Méditerranée réunis à Boulogne-sur-Mer. "Nos revendications sont toujours les mêmes: un gazole eurocompatible (prix unifié au niveau européen, ndlr) et une gestion raisonnable des quotas", a expliqué Thierry Leprêtre, président du comité local des pêches de Boulogne-sur-Mer.

De nombreux pêcheurs ont poursuivi lundi un peu partout en France leurs actions contre la flambée du prix du carburant malgré la reprise du travail dans certains ports, alors que leur collègues d'autres pays européens commençaient à rejoindre ce mouvement. Des marins-pêcheurs ont à nouveau bloqué mardi les accès routiers au Dépôt Pétrolier de Fos (DPF), a-t-on appris de sources concordantes. Par ailleurs, les agents CGT du port ont décidé d'observer un arrêt de travail d'une durée non précisée sur les terminaux pétroliers du Port autonome de Marseille, mardi à partir de 10h00, pour protester contre le projet de réforme du statut des ports.

Les marins-pêcheurs bloquaient également mardi l'accès au port ferry de Dunkerque (Nord) et devaient se rendre dans des supermarchés de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) pour leur demander de retirer le poisson des étalages, selon plusieurs d'entre-eux. Selon Patrice Haezebrouck, délégué CGT des artisans pêcheurs de Dunkerque, environ 75 pêcheurs dunkerquois bloquaient les accès routiers au terminal ferry, où est établi la compagnie transmanche de Norfolkline. Des marins boulonnais devaient les rejoindre pour mener ce barrage, établi avec des feux de pneus. Tous protestent contre l'envolée du prix du gasoil et les quotas de pêche imposés par l'Union européenne.

D'autres pêcheurs de Boulogne-sur-Mer devaient par ailleurs se rendre dans les grandes surfaces pour "faire retirer les poissons des étals". "Pas de poisson en vente pendant la grève", a martelé Jean Thiébaut, délégué syndical CFDT des pêches maritimes littorales Nord-Picardie. Un supermarché Leclerc de Boulogne-sur-Mer a ainsi accepté de fermer sa poissonnerie mardi par "solidarité avec les marins". A Boulogne, depuis minuit, une vingtaine des pêcheurs ont par ailleurs établi un barrage filtrant sur un rond-point menant au centre de traitement du poisson.

"On empêche le saumon norvégien de passer", a déclaré à l'AFP Emmanuel Descharles, patron marin-pêcheur d'Etaples, qui a précisé que deux camions transportant 30 tonnes de saumon venant de Norvège étaient arrêtés sur le bas-côté. "J'ai déjà hypothéqué ma maison pour sauver mon entreprise (...) Ma femme m'a dit: 'ce serait bien que tu arrêtes le bateau' alors qu'elle était si fière... C'est dur de revenir sans salaire, mais d'avoir sa femme qui dit ça...", a-t-il ajouté.

Les pêcheurs du Guilvinec, premier port de pêche artisanale français, ont décidé lundi soir de poursuivre la grève, tout comme plusieurs autres ports bretons ou normands non représentés à Boulogne. "Le manque de confiance est intact. On a beaucoup de mal à comprendre les annonces du gouvernement", a expliqué la présidente du comité des pêches de Lorient, Liliane Cariou. "Nous lançons un appel à la grève générale dans la baie de Saint Brieuc et partout ailleurs", a lancé pour sa part Yann Thomas, président du comité des pêches de la baie de Saint-Brieuc, qui a voté la poursuite de la grève.

Dans l'Ouest, qui a connu plusieurs opérations escargots sur les routes, les CRS sont intervenus dans la soirée pour dégager quelques 150 marins-pêcheurs et agriculteurs qui avaient bloqué toute l'après-midi la nationale à quatre voies entre Rennes et Brest près de Saint-Brieuc, provoquant de gros embouteillages. A La Rochelle, la grève a été reconduite à une voix près mais le port de pêche a été débloqué "pour que les mareyeurs puissent travailler". Par ailleurs, les accès de la raffinerie Total du Havre restaient bloqués, de même que ceux des dépôts de carburants de Port-la-Nouvelle (Aude) et de La Rochelle.

A l'inverse, les pêcheurs de l'ensemble des Pays-de-la-Loire ont repris le travail lundi, après le vote de La Turballe, dernier port de la région encore en grève. Ceux des Sables d'Olonne, à l'origine du mouvement national, avaient voté samedi la "suspension pour un mois", le temps pour M. Barnier de mettre en oeuvre sa promesse de garantir un gazole à 40 centimes au lieu de 75 actuellement. Mais le mouvement a continué lundi à faire tâche d'huile en Europe. Des pêcheurs de quatre pays -Italie, Portugal, France et Espagne- réunis pour la Foire Internationale de la Pêche à Ancône (côte adriatique) ont appelé à une grève illimitée à partir de mercredi pour protester contre la hausse du gazole. Les pêcheurs de Catalogne (nord-est de l'Espagne) ont entamé une grève dès lundi matin, anticipant sur une manifestation nationale prévue vendredi à Madrid.

Pour sa part, le responsable des pêcheurs du Sud-Est de la France, Mourad Kahoul a annoncé une action des pêcheurs européens en fin de semaine à Bruxelles. En première ligne dans ce conflit, le ministre de la Pêche Michel Barnier a souhaité que soit relevées les limites fixées par l'UE aux aides nationales versées à la pêche, lors d'un conseil des ministres européens de la Pêche en Slovénie. "Si l'on constate que le prix du gazole compromet l'existence même de la pêche européenne, ne faudrait-il pas poser la question du plafond de ces aides?", a demandé M. Barnier. (belga/7sur7)
27/05/08 11h33
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