On l'explique à travers la presse du monde entier depuis son élection, ce ne sont pas exclusivement les rednecks qui ont entériné la victoire de Donald Trump aux élections du 8 novembre. Malheureusement, dans les rangs pro-Trump, il y a une horde de suprématistes blancs fort encombrants et dont le chef de file a de la ressource. Cet homme, c'est Richard Spencer et il incarne peut-être l'un des plus grands dangers actuels de l'Amérique.
Des dérapages d'une conférence autour de l'élection de Donald Trump crée l'émoi outre-Atlantique. Lors d'un séminaire du National Policy Institute samedi à Washington, l'assistance s'est senti pousser des ailes devant le discours du conférencier, Richard B. Spencer. Son nom ne vous dit sûrement rien et pourtant, il ne sera sans doute plus inconnu chez nous bien longtemps.
Leader de l'alt-right, un mouvement d'extrême-droite très actif (et décrié) aux Etats-Unis, Richard B. Spencer est une figure montante de la droite dure. Nationalistes comme Trump, Spencer et ses colistiers le rejoignent dans ses idées, d'où le soutien parfois encombrant qu'ils lui ont apporté durant la campagne, mais en allant bien plus loin que le président élu. Composé de suprématistes blancs qui s'assument, ce groupement influent se permet tout, du racisme le plus basique aux références récurrentes au nazisme, attaques antisémites à la clé.
Saluts nazis à Washington
C'est donc sans autre forme de procès que les militants venus écouter leur chef à la conférence ont applaudi ses attaques verbales envers les Juifs et sa nauséabonde allusion en allemand à la "lügenpresse" (traduisez "presse menteuse"), un terme largement repris par les nazis avant et durant la guerre. Evoquant la "victoire" en référence à celle de Donald Trump, Spencer franchit alors le pas de trop avec un "Heil Trump! Heil au peuple!" qui sera, comble de l'horreur, largement accueilli par des saluts hitlériens.
Filmés mais le visage flouté, ces individus se sont rapidement retrouvés dans la presse américaine et maintenant mondiale, les internautes partageant leur stupéfaction et leur dégoût sur les réseaux sociaux. Que cela se passe à Washington qui plus est, de quoi faire frémir un peu plus tous ceux que la présidence de Trump désole.
Un pays créé par les Blancs pour les Blancs
Si les objectifs écrits du National Policy Institute font quasiment uniquement allusion à l'identité de la descendance des colons américains, les membres de l'organisation réclament dès que l'occasion se présente à ce que le territoire américain soit réservé aux Blancs, expulsions à l'appui. "L'Amérique était, jusqu'à la dernière génération, un pays blanc créé pour nous et nos descendants. C'est notre création, c'est notre héritage, et elle nous appartient. La race blanche est une race qui ne voyage que pour s'élever. Etre blanc, c'est être un créateur, un explorateur, un conquérant", a lâché Spencer à une foule conquise. Une réclamation qui se retrouve totalement dans les arguments de campagne de Trump, qui promettait de dresser un mur anti-Mexicains et jure aujourd'hui qu'il renforcera les contrôles de l'immigration pour rendre aux Américains leur force de travail.
Starlette de seconde zone
Si dans la pratique, Trump risque de les décevoir, l'heure est pour eux à la fête actuellement. Le soi-disant groupe de réflexion a de quoi se réjouir, car il semble que son discours séduise, à voir l'engouement de ses membres, en ce compris quelques célébrités de seconde zone, dont la starlette Tila Tequila, laquelle a non seulement participé à l'événement mais a partagé les saluts révoltants. D'autant plus déroutant vu ses origines, ou peut-être pas puisque le groupement témoigne régulièrement sa compassion pour les fils d'allochtones qui sont eux nés sur le sol américain.
"Nous n'exploitons personne"
L'idéologue Spencer est d'ailleurs prêt à remettre en question toutes les avancées des Etats-Unis en matière de racisme, discrimination ou reconnaissance de l'esclavage. "Nous n'exploitons pas d'autres groupes, nous ne gagnons rien par leur présence. Ce sont eux qui ont besoin de nous, pas l'inverse". Devant de telles énormités, la foule en liesse ne sent plus. Et en matière de foule en liesse, son profil n'est pas reluisant. "Il est charitable de dire qu'il y avait là 90% d'hommes. Pas un rassemblement de grands esprits. Un buffet scandinave de gars fâchés. Des types avec des casquettes 'Make America Great Again', des types vendant de beaux posters 80's de Trump disant 'Trump Deportation Force', des types flanqués de bouquins ayant pour titre 'Le péril de l'égalité' ou 'Le problème de la démocratie', des types qui sifflaient les questions des journalistes, des types américains avec des coupes à la Gosling, des types anglais avec des coupes à la Gosling, des types allemands avec coupes à la Gosling", décrit, incrédule, le Huffington Post américain. Des types en tout cas prêts à être le corps qui manque à la tête (Trump), pour reprendre les termes de leur leader.
Bardé de diplôme et quasi bien sous tous rapports
Pour en revenir à Spencer, le problème est que son CV à lui est une autre histoire. L'on pourrait bien sûr le classer aux oubliettes dans la catégorie des extrémistes minoritaires qui ne font plus jamais rien de plus que beaucoup de bruit. Mais là n'est pas l'avis du New York Times, par exemple, qui résume bien les inquiétudes sur l'aura du leader raciste... qui n'a par ailleurs rien du raciste de base. L'homme est instruit - bardé de diplômes décrochés à l'Université de Virginie, de Chicago, Duke, il est élégant et a la tête du gendre américain idéal que l'on trouve dans les rues bien fréquentées de Washington. Contrairement aux bonnets du Ku Klux Klan (qui se réjouit ostensiblement de la victoire de Trump), un individu comme Richard Spencer pourrait facilement rencontrer les instances américaines et, éloquent, physiquement soigné et malheureusement intelligent comme il est, il pourrait inspirer la confiance, attirer l'attention, endormir ceux qui l'écoutent, bref, lentement changer les esprits pour les guider, s'inquiète même le Huffington.
Amitié pour Bannon
D'aucuns diront que l'homme n'est pas en contact avec Trump, mais l'arrivée à la Maison Blanche du milliardaire fait chaud au coeur des suprémacistes blancs, des nazis et autres, preuves en sont leurs réactions à sa victoire ou les accès de sectarisme relevés depuis son élection. L'argument de l'identité nationale est devenu un moyen pour beaucoup d'oser s'assumer, il n'est plus honteux et c'est pour les groupements du type NPI une affaire en or. Spencer n'est d'ailleurs pas si loin de la zone d'influence du nouveau président puisqu'il se plaît à répéter qu'il a de l'admiration pour des personnes comme Steve Bannon ou Jeff Sessions dont les nominations soulèvent déjà d'énormes inquiétudes. De telles figures banalisent les idéologies, et les refont simplement rentrer dans les moeurs. L'heure est peut-être grave aux USA, et Trump n'est sans doute que la partie émergée de l'iceberg.

