Au moins 21 personnes ont été tuées et une cinquantaine d'autres blessées vendredi dans l'explosion d'une mine au passage de leur bus près de Colombo, au moment où se multiplient des attentats visant des civils et attribués aux séparatistes tamouls.
Il s'agit de l'un des attentats présumés les plus meurtriers de l'année: l'explosion fin avril d'une bombe à bord d'un autocar bondé près de la capitale sri-lankaise avait fait 24 morts et une soixantaine de blessés. Cette fois, à l'heure de pointe vendredi matin, une mine a explosé au passage d'un autobus public tuant 21 passagers, parmi lesquels huit femmes, a déclaré le porte-parole de la police Ranjith Gunasekera.
Quarante-sept autres personnes ont été blessées, a-t-il précisé. Le véhicule était criblé d'éclats, selon un photographe, suggérant l'utilisation d'une mine à fragmentation posée au bord de la route et déclenchée au passage du véhicule. "Je me trouvais au milieu du bus lorsqu'il y a eu une grosse détonation et le bus s'est renversé sur le côté", a témoigné Shanika Priyadharshani, une employée de 21 ans blessée dans la déflagration. "J'ai perdu conscience pendant un moment. Il y avait de la fumée noire, des morts autour de moi. Certains appelaient au secours, puis quelqu'un m'a sortie de l'autocar, m'a mise à bord d'un véhicule et m'a emmenée à l'hôpital", a-t-elle dit.
Les attentats se multiplient ces dernières semaines au Sri Lanka et ne visent plus seulement des militaires, comme par le passé, mais surtout des civils. Les autorités en attribuent la parternité aux Tigres de libération de l'Eelam Tamoul (LTTE). Vendredi encore, le porte-parole de l'armée, le général Udaya Nanayakkara, a accusé la rébellion séparatiste tamoule. Mercredi, 18 personnes avaient été blessées dans un attentat à la bombe à heure d'affluence sur une voie ferrée au passage d'un train en banlieue sud de Colombo.
Le 26 mai, une autre attaque attribuée aux insurgés tamouls était survenue dans un train de banlieue, faisant neuf morts et une centaine de blessés. En février, les Tigres tamouls avaient été montrés du doigt pour un attentat à la bombe dans un autocar qui avait fait 20 morts dans le centre de l'île. Un mois plus tôt, 28 civils avaient péri dans un terrible attentat, une fois de plus à bord d'un bus.
Indépendant depuis le 4 février 1948, le Sri Lanka, anciennement Ceylan, peuplé de 20 millions d'habitants, s'enlise dans le plus vieux conflit en cours en Asie: une guerre opposant l'armée et la guérilla tamoule où alternent phases de combats, attentats et périodes d'accalmie. En lutte depuis 1972, les Tigres tamouls, hindouistes, se battent pour l'indépendance du nord et du nord-est de ce pays peuplé à 75% de Cinghalais bouddhistes.
Entre 60.000 et 70.000 personnes ont été tuées en trois décennies et des milliers sont mortes depuis le regain de violences de la fin 2005 lorsqu'a été élu le président nationaliste Mahinda Rajapakse. Dans le nord, les violences vont crescendo depuis la rupture en janvier d'un cessez-le-feu péniblement signé en février 2002 sous l'égide de la Norvège.
Enhardi par le retrait des Tigres en juillet 2007 de l'est de l'île, le gouvernement espérait écraser la rebellion d'ici à cet été. Mais le Sri Lanka a toujours sous-estimé la puissance de frappe de la rébellion tamoule, relèvent des experts. (afp)


