Au moins 11 soldats pakistanais ont été tués mercredi dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan par une frappe aérienne de la coalition commandée par les Etats-Unis en Afghanistan, au moment où Washington blâme Islamabad pour l'expansion d'Al-Qaïda dans ces zones.
Le Pakistan a violemment protesté contre une "agression infondée et lâche" de la coalition internationale. Mardi soir, les forces paramilitaires pakistanaises chargées de surveiller la frontière avaient intercepté des soldats de l'armée afghane qui tentaient d'installer un poste de contrôle en territoire pakistanais dans le district tribal de Mohmand, l'un des bastions des talibans pakistanais et de combattants d'Al-Qaïda, selon des hauts responsables des forces pakistanaises.
De violents échanges de tirs ont opposé soldats pakistanais et afghans, lesquels assuraient qu'ils étaient dans leur pays, selon ces sources. "Peu après minuit, un missile tiré d'Afghanistan s'est abattu sur nos positions et a tué au moins 11 soldats dont un officier, et neuf militaires ont été blessés", a assuré un de ces responsables.
Le porte-parole de l'armée pakistanaise, le général Athar Abbas, a protesté contre "cet acte totalement infondé et lâche" et "condamné les forces de la coalition pour cet acte violent qui a ébranlé les bases de la coopération et des sacrifices que les soldats pakistanais ont consenti en aidant la coalition dans la guerre contre le terrorisme".
La coalition Operation Enduring Freedom en Afghanistan a refusé de commenter l'information et l'ambassade américaine à Islamabad a orienté les journalistes vers le Pentagone pour toute réaction. Selon des responsables pakistanais, des talibans pakistanais ont également attaqué les troupes afghanes qui avaient pénétré au Pakistan et 15 d'entre eux ont été tués par les hélicoptères de la coalition.
Le porte-parole des talibans pakistanais, le maulvi Omar, a concédé que huit de ses hommes avaient été tués mais affirmé que son groupe avait abattu un hélicoptère de la coalition et capturé sept soldats afghans. Ces informations n'ont pu être confirmées par d'autres sources.
Washington et Kaboul accusent régulièrement les forces pakistanaises de fermer les yeux sur les infiltrations en Afghanistan de talibans afghans et de combattants d'Al-Qaïda. Les querelles frontalières entre le Pakistan et l'Afghanistan sont relativement fréquentes depuis fin 2001, quand les forces internationales emmenées par les Etats-Unis ont chassé les talibans du pouvoir en Afghanistan, les accusant d'héberger et soutenir Oussama ben Laden et son réseau Al-Qaïda.
Islamabad, de son côté, blâme Kaboul et les forces internationales de ne pas être en mesure de vaincre les talibans en Afghanistan et d'être à l'origine de leur repli en territoire pakistanais et des violences qui ensanglantent le Pakistan.
Les islamistes proches d'Al-Qaïda sont à l'origine d'une vague sans précédent d'attentats - suicide pour la plupart - qui ont fait près de 1.100 morts en plus d'un an au Pakistan. Washington martèle régulièrement qu'Al-Qaïda et les talibans ont reconstitué leurs forces dans les zones tribales pakistanaises et y fomentent des attentats contre les Etats-Unis et les pays occidentaux.
Une éventuelle attaque visant les Etats-Unis serait certainement planifiée dans ces zones tribales, a ainsi répété mardi le chef d'état-major interarmées américain, l'amiral Michael Mullen, dans un avertissement à peine déguisé.
Washington multiplie, ces derniers temps, les pressions sur le nouveau gouvernement issu des élections du 18 février et hostile au président Pervez Musharraf, allié-clé et "ami" de George W. Bush. Depuis son installation en mars, le gouvernement négocie un accord de paix avec les talibans pakistanais qui jurent, eux, de poursuivre le jihad en Afghanistan. (belga)


