L'Irlande tient l'Europe en haleine

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Par: rédaction
12/06/08 - 08h07

Trois millions d'électeurs irlandais se prononcent jeudi sur le traité européen de Lisbonne, lors d'un référendum à l'issue très incertaine suivi avec inquiétude par près de 500 millions d'autres Européens.

Les bureaux de vote ouvrent à 07h00 locales (06h00 GMT) et fermeront à 22h00 (21h00 GMT) pour ce scrutin décisif qui décidera du sort du traité, destiné à réformer les institutions européennes. Le texte doit être approuvé par l'ensemble des 27 pour entrer en vigueur. Seule l'Irlande est tenue, de par sa Constitution, de se prononcer par référendum sur la question. Les autres capitales européennes ont opté pour la ratification parlementaire, ce qui a déjà été fait dans 18 d'entre elles.

Deux derniers sondages, publiés en fin de semaine dernière, ont donné le oui et le non au coude à coude, voire le non en avance. La perspective d'une défaite du oui a réveillé le spectre du rejet de la Constitution européenne en 2005 par la France et les Pays-Bas, ainsi que de celui du traité de Nice, lors d'un référendum en 2001 en Irlande. Il avait alors fallu organiser un deuxième vote sur l'île pour faire adopter le texte. Mais il n'y aura pas de second référendum cette fois-ci, a assuré le gouvernement. Le camp du oui regroupe l'ensemble des formations parlementaires, à l'exception du parti nationaliste Sinn Féin, qui ne compte que quatre députés sur 166.

Le Premier ministre Brian Cowen a averti qu'un rejet "affaiblirait" l'Irlande. Le dirigeant centriste a également dénoncé une "campagne de peur" après que certains "nonistes" eurent prêté à Lisbonne l'intention d'imposer une hausse de l'imposition en Irlande voire une légalisation de l'avortement, encore interdit dans l'île. Les opposants au traité exigent sa "renégociation", rejetant les affirmations de responsables bruxellois et irlandais selon lesquelles il n'y a "pas de plan B".

Selon les analystes, la participation sera un élément clef du scrutin. Elle avait été inférieure à 35% quand le non l'avait emporté lors du référendum sur le traité de Nice en 2001. Les médias ne prévoient pas de sondage à la sortie des urnes. Le décompte ne commencera que vendredi à 09h00 (08h00 GMT) pour des résultats attendus dans l'après-midi. La perspective d'un rejet du traité par 4,2 millions d'Irlandais, soit moins de 1% des 495 millions d'Européens, fait trembler les responsables bruxellois.

"L'Europe a été une bonne chose pour l'Irlande... Il n'y a rien à craindre dans ce traité", a répété Brian Cowen. Certains "nonistes" ont prédit une hausse de l'imposition, la fin de la neutralité militaire irlandaise, voire l'imposition de la légalisation de l'avortement, encore interdit en Irlande. Des craintes démenties par les partisans du "oui". Les radios et télévisions se sont abstenues de parler du référendum mercredi, en vertu d'un "moratoire" volontaire effectif jusqu'à la fermeture des bureaux de vote jeudi soir. Les journaux, en revanche, ne se privent pas de lancer un dernier assaut.

"Dites Non à un mauvais gouvernement à la française", écrit l'Irish Independent en employant le mot français "non". "N'abandonnez pas votre avenir à un gouvernement surdimensionné qui n'est ni transparent ni responsable", ajoute le journal. "Le oui est impératif", répond l'Irish Times, ajoutant: "Un rejet de Lisbonne affaiblirait l'Irlande au moment où son économie est vulnérable". (afp)

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