La presse britannique a porté un jugement très sévère jeudi sur le vote de justesse la veille d'un projet de loi antiterroriste controversé à la chambre des Communes, estimant que le Premier ministre Gordon Brown avait remporté une victoire "creuse" et "honteuse".
Le gouvernement a pu faire approuver le texte avec 9 voix d'avance, seulement grâce aux députés du DUP, parti unioniste d'Irlande du Nord, alors que près de 40 députés travaillistes se sont rebellés contre un texte qu'ils estiment dangereux pour les libertés civiles.
"La nuit dernière, Gordon Brown a subi une humiliation personnelle sur son projet d'étendre la période de détention sans inculpation", souligne le Times dans un éditorial.
La période maximale de garde à vue des suspects de terrorisme devrait passer de 28 à 42 jours, si le projet de loi est approuvé par les Lords.
Le journal conservateur estime que le vote a été remporté "par une intimidation des députés sur ce qui aurait dû être une question de conscience, et avec une corruption finement déguisée quand l'intimidation n'a pas fonctionné".
Plusieurs journaux estiment que les neuf députés nord-irlandais ont été "achetés" par des promesses de fonds publics.
Le quotidien de droite Daily Telegraph est sur la même ligne, et se demande pourquoi cette victoire "ressemble autant à une défaite".
"M. Brown a remporté une victoire, mais les informations sur la façon dont il a supplié les députés pour leurs votes, et l'élagage (du texte) par des concessions si nombreuses que cette législation ne ressemble plus à rien, ne l'aident pas à restaurer son autorité", écrit le journal.
Même le Daily Mirror, d'habitude plus conciliant avec le gouvernement, estime qu'"enfermer des suspects pour six semaines va probablement s'avérer un désastre contre-productif".
Seul le Sun, le journal le plus lu dans le pays apporte son soutien au Premier ministre qui "s'est dressé pour la bataille contre l'extrémisme face à des critiques très hostiles et des prédictions de désastre". (afp)


