La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a appelé jeudi à mettre fin au fléau du viol en tant qu'arme de guerre, en présidant un débat au Conseil de sécurité de l'ONU sur les femmes, la paix et la sécurité.
Ce débat d'une journée à l'initiative des Etats-Unis, qui assument ce mois-ci la présidence tournante du Conseil, doit déboucher sur l'adoption d'une résolution exigeant "la cessation immédiate et complète par toutes les parties à un conflit armé de tout acte de violence sexuelle contre les civils". "Le viol est un crime qui ne peut être excusé en aucun cas et pourtant dans les situations de conflit à travers le monde, les femmes et les filles subissent des actes de violence sexuelle généralisés et délibérés", a dénoncé Mme Rice.
"La résolution d'aujourd'hui établit un mécanisme permettant de mettre en lumière ces atrocités", a déclaré la chef de la diplomatie américaine, qui a notamment appelé à ce que des mesures soient prises à l'encontre de soldats de l'ONU inculpés pour mauvaises conduites à caractère sexuel. Le texte demande au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, de préparer un plan d'action pour recueillir des informations sur le recours aux violences sexuelles dans les conflits armés et les faire remonter jusqu'au Conseil.
Mme Rice a saisi l'occasion pour critiquer la Birmanie où, a-t-elle affirmé, "des soldats ont régulièrement violé des femmes et des filles âgées parfois de pas plus de huit ans". "Ce qui est tragique également dans ce pays est qu'au lieu d'être autorisée à entrer en fonctions en tant que chef élu du gouverment, Aung San Suu Kyi fête aujourd'hui son anniversaire en résidence surveillée", a-t-elle ajouté. Grande figure de l'opposition à la junte militaire et prix Nobel de la Paix, Mme Suu Kyi a eu 63 ans ce jeudi.
"Nous ne pouvons oublier, en examinant ce problème, d'autres femmes militantes qui luttent pour leurs libertés dans des environnements violents", a poursuivi Mme Rice. Elle a déploré la situation désastreuse des femmes en République démocratique du Congo (RDC), notamment dans la région des Kivu (est), ainsi que dans la province du Darfour au Soudan, où des violences sexuelles sont commises systématiquement et à grande échelle.
Le secretaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a pour sa part déploré que "les violences contre les femmes aient atteint des proportions pandémiques inouïes dans certaines sociétés qui tentent de se reconstruire après un conflit". "Nous devons considérer ce problème dans le contexte plus vaste de l'autonomisation des femmes (...) Nous devons faire beaucoup plus pour les impliquer dans la prévention des conflits, les négociations de paix et la reconstruction une fois que les armes se sont tues", a-t-il affirmé.
Dans un document préparatoire, les Etats-Unis indiquent que les violences sexuelles à l'encontre des femmes sont devenues de plus en plus répandues depuis l'an 2000, date à laquelle le Conseil a commencé à prendre des mesures à l'encontre de ce type de violences. Depuis 2000, "les violences sexuelles comme arme de guerre ont été perpétrées avec une impunité presque universelle", indique ce document, qui précise que plus de 32.000 cas de viols et autres formes de violences sexuelles ont été notamment enregistrés dans la province du Kivu, en République démocratique du Congo durant le dernier conflit.
Le ministre belge de la Coopération au développement Charles Michel, présent à New-York pour participer à ce débat, va y suggérer la création d'une fonction d'"enquêteur spécial" auprès des Nations Unies pour mener un travail de collecte d'informations et pour rassembler le matériel déjà existant sur le terrain, avait annoncé mercredi son cabinet.
La Coopération belge soutient activement de nombreuses initiatives relatives aux violences sexuelles, particulièrement en RDC. La Belgique prône une approche globale de cette problématique: prévention, lutte contre l'impunité et réinsertion, a rappelé M. Michel. (belga)


