Crise politique due à l'inflation en Inde
Sonia Gandhi.
L'Inde est secouée par une crise politique alimentée par une inflation record et par un accord controversé entre New Delhi et Washington sur le nucléaire civil, risquant de provoquer des élections législatives anticipées.
Le taux d'inflation de la troisième économie d'Asie a dépassé les 11% - du jamais vu depuis 1995 - dopé par la flambée des prix du pétrole et de l'alimentation, des "phénomènes mondiaux" contre lesquels le gouvernement avoue son impuissance.
La coalition "progressiste" au pouvoir conduite depuis mai 2004 par le parti du Congrès de Sonia Gandhi "est en soins intensifs et sa mort est inévitable", a fustigé dimanche le parti Bharatiya Janata (BJP), l'opposition de droite nationaliste hindoue.
L
e BJP, qui espère revenir au pouvoir après sa défaite il y a quatre ans, réclame les démissions du Premier ministre Manmohan Singh et de son ministre des Finances, Palaniappan Chidambaram.
Pour ajouter à ses ennuis, M. Singh a perdu ce week-end un soutien précieux: le parti Bahujan Samaj (BSP), une formation d'hindous de basse caste, l'a accusé d'avoir "lamentablement échoué à juguler la hausse des prix et négligé les pauvres et les "dalits" (intouchables)".
La présidente du BSP, Mme Mayawati, a ordonné à ses 17 députés de ne plus voter en faveur du gouvernement.
Premier ministre de l'Uttar Pradesh (nord), un Etat déshérité de 170 millions d'habitants, cette ex-institutrice "dalit" est une possible future chef du gouvernement fédéral.
Elle s'appuie sur les énormes bataillons d'électeurs défavorisés - premières victimes des hausses des carburants, du gaz, de l'huile ou du riz - qui avaient voté en 2004 pour le parti du Congrès, mais qui pourraient le sanctionner aux législatives prévues d'ici à mai 2009.
Car même si l'économie du géant asiatique croît de 9% par an, nourrissant une imposante classe moyenne, 300 millions d'Indiens vivent encore avec moins d'un dollar par jour.
"Avec les élections qui approchent à grands pas, les pires cauchemars du gouvernement en matière d'inflation sont en train de devenir réalité", résume Robert Prior-Wandesforde, économiste de la banque HSBC.
L'histoire électorale en Inde montre qu'une forte inflation fait perdre des scrutins: le BJP avait été humilié à New Delhi en 1998 en raison de l'envolée des prix de ... l'oignon. Pour l'instant, le Congrès tient la barre.
Mais il est sous pression de ses alliés communistes, vent debout contre un accord sur le nucléaire civil négocié de 2005 à 2007 entre l'Inde et les Etats-Unis, la pierre angulaire de leur rapprochement diplomatique.
New Delhi veut le mettre en oeuvre en bouclant ses négociations avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et avec les 45 pays du Groupe des fournisseurs nucléaires (NSG).
Seuls ces feux verts permettront à l'Inde - aux besoins énergétiques colossaux, mais qui refuse de signer le Traité de non prolifération nucléaire (TNP) - d'acheter des réacteurs et du combustible.
Mais "si le gouvernement va de l'avant, nous reconsidérerons notre soutien", a averti le dirigeant marxiste Sitaram Yechury.
En clair, les 59 parlementaires de gauche placeraient le gouvernement en minorité, provoquant un vote de confiance, une possible démission et des élections dès décembre.
"La gauche s'oppose à un partenariat stratégique avec les Etats-Unis", analyse l'éditorialiste Neerja Chowdhury. Les communistes refusent que cette puissance nucléaire militaire d'Asie du Sud "perde sa souveraineté", notamment quant à son droit de conduire d'autres essais atomiques après ceux de 1974 et 1998. Une réunion de la dernière chance entre le Congrès et la gauche est prévue le 25 juin. (afp/7sur7)