Tripoli vit au rythme des combats.
De nouveaux combats ont éclaté lundi dans le nord du Liban entre militants politiques rivaux, faisant craindre que le pays ne replonge dans la violence au moment où opposition et majorité peinent à former un gouvernement d'unité nationale.
Un porte-parole de l'armée a affirmé à l'AFP que l'armée allait "commencer dans l'après-midi à empêcher par la force toute présence armée dans les zones de combats, où des renforts seront envoyés, après un accord à l'unanimité entre les parties sur un retour au calme". Mais les heurts se sont intensifiés vers 16H00 locales (18H00, HB), a constaté le correspondant de l'AFP. Les affrontements dans la ville de Tripoli ont fait deux morts lundi matin, portant à huit morts le bilan des affrontements, en comptant deux personnes blessées dimanche et qui ont succombé lundi à leurs blessures, a déclaré un responsable des services de sécurité. Le total des blessés se situe à 45, affirme-t-on de même source.
Les heurts qui ont éclaté dimanche opposent des sunnites partisans de la majorité soutenue par les Occidentaux à des Alaouites, une branche du chiisme, fidèles au Hezbollah, fer de lance de l'opposition soutenue par Damas et Téhéran. Après une accalmie de quelques heures obtenue grâce à un accord qui prévoyait un retrait des combattants et le déploiement de l'armée, les combats avaient repris. Ils se sont poursuivis lundi au lance-roquettes et à l'arme automatique dans les quartiers populaires de Bab al-Tebbaneh et Jabal Mohsen. Des maisons et une station service ont brûlé tandis que l'armée prenait position autour de la zone pour contenir les violences et que des civils se réfugiaient dans des abris.
"J'ai vécu à Bab al-Tebanneh pendant toute la période de la guerre civile (1975-1990) et je n'ai jamais pensé à quitter ma maison", affirme Fatima Badra, 53 ans. "Mais aujourd'hui, si les heurts continuent, je pense sérieusement à vivre ailleurs avec mes quatre enfants", poursuit-elle. Les incidents armés se sont récemment multipliés au Liban entre partisans de l'opposition et de la majorité alors que les partis politiques n'arrivent pas former un gouvernement d'union nationale en raison de divisions sur l'attribution des portefeuilles. Ces affrontements font craindre que le pays ne retombe dans des violences généralisées, à peine sorti d'une longue crise politique.
La formation du gouvernement est prévue par un accord signé le mois dernier à Doha, au Qatar, entre majorité et opposition. L'accord a mis fin à un an et demi de paralysie et permis l'élection d'un président de la République, le général Michel Sleimane, après six mois de vide à la tête de l'Etat. Il avait été précédé de combats où 65 personnes avaient été tuées et qui avaient ravivé le spectre d'une nouvelle guerre civile comme celle que le Liban a connu pendant quinze ans entre 1975 et 1990. La situation dans les camps de réfugiés palestiniens qui abritent des extrémistes islamistes ajoute à la tension.
Dimanche, l'explosion d'une charge placée dans une benne à ordures a grièvement blessé Imad Yassin, un chef du groupuscule islamiste Jound al-Cham, à proximité du camp d'Aïn Heloué (sud), selon un responsable des services de sécurité. L'accord de Doha préconise la formation d'un gouvernement d'union nationale de 30 ministres: 16 pour la majorité, 11 pour l'opposition qui y disposerait d'une minorité de blocage et trois au chef de l'Etat qui doit nommer des personnes jugées neutres à ces postes. (belga)


