Les dirigeants chypriotes grec et turc se retrouvent mardi à Nicosie, à un moment clé du laborieux processus lancé dans la perspective d'une réunification de l'île.
Le président chypriote Demetris Christofias et le leader de la République turque de Chypre Nord (RTCN, uniquement reconnue par Ankara), Mehmet Ali Talat, ont rendez-vous à la résidence du chef de la mission de l'ONU, Taye-Brook Zerihoun.
"Cette réunion est vraiment très importante, car les choses sont devenues difficiles et nous avons besoin de passer à l'étape suivante", explique un diplomate européen sous couvert d'anonymat. "La date-butoir de trois mois est passée et nous devrions passer aux négociations directes", ajoute-t-il.
Méfiance
L'élection en février de M. Christofias à la présidence de la République de Chypre avait relancé les espoirs d'une solution négociée pour l'île, divisée depuis 1974, après plusieurs années de blocage. Lors d'une première rencontre, le 21 mars, MM. Christofias et Talat avaient convenu d'entamer trois mois plus tard des négociations de paix directes. Mais une période de méfiance a succédé à cette quasi-euphorie.
Le 23 mai, les deux dirigeants s'étaient retrouvés pour évoquer les discussions préparatoires, entamées en avril par 13 groupes de travail et comités techniques. Des progrès avaient été signalés, mais pas dans les dossiers essentiels, comme la propriété foncière, la souveraineté et la sécurité. Face à ce constat, les deux parties divergent: les Chypriotes-grecs jugent vain de débuter les pourparlers directs en l'absence de progrès préalables, contrairement à la partie chypriote-turque.
Report possible
Lundi dernier, le principal conseiller de Demetris Christofias, George Iacovou, a réaffirmé "qu'aucun progrès réel" n'avait été accompli dans les groupes de travail et dit s'attendre à un début des négociations directes "après l'été". Selon le diplomate européen, MM. Christofias et Talat, qui ont une autre rencontre prévue courant juillet, "semblent toujours sortir quelque chose de leur chapeau lors de ces réunions.
Mais l'annonce mardi d'une date pour des négociations globales serait une surprise". En mars, pour symboliser le climat de confiance, un nouveau point de passage en plein coeur de Nicosie avait été ouvert. Lors d'une visite sur l'île, mi-juin, un haut responsable de l'ONU, Lynn Pascoe, avait mis les parties devant leurs responsabilités, soulignant que le monde observait "de très près" le processus.
Force de paix
En juin, le Conseil de sécurité des Nations unies a prorogé pour six mois le mandat de la force de paix de l'ONU à Chypre, sur place depuis 44 ans. L'ombre de la Turquie, et la question de son adhésion à l'Union européenne, plane sur le dossier chypriote dans la mesure où cette perspective est l'une des seules motivations d'Ankara à parvenir à un accord.
A Chypre, "si l'opportunité est gâchée, il faudra plusieurs années avant qu'une nouvelle fenêtre ne s'ouvre", a souligné un analyste de l'International Crisis Groupe (ICG), un groupe de réflexion, dans un rapport publié le 23 juin. Chypre est divisée depuis l'invasion de sa partie nord en 1974 par la Turquie, après un coup d'Etat à Nicosie de nationalistes chypriotes-grecs soutenus par Athènes.
Un plan de paix de l'ONU dit "plan Annan" avait été approuvé en avril 2004 par les Chypriotes-turcs mais rejeté par les Chypriotes-grecs. L'île est entrée divisée dans l'UE le mois suivant.


