Après la libération d'Ingrid Betancourt et de trois otages Américains, la Colombie redoute que l'attention internationale ne se détourne du conflit armé qui s'y poursuit et que les centaines d'otages encore aux mains des Farc ne sombrent dans l'oubli. Les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) sont désormais démunies de leurs cartes maîtresses qui pesaient tant dans les négociations d'un accord dit "humanitaire" en vue d'échanger les otages "politiques" contre la libération de 500 guérilleros des geôles colombiennes.
"Il n'y a pas de scénario unique mais plutôt de multiples situations possibles", estime un diplomate interrogé par l'AFP à Bogota, ayant requis l'anonymat, avant d'ajouter que "les succès de ton ennemi représentent tes propres déroutes". A présent, le président Alvaro Uribe dispose de toute latitude pour manoeuvrer comme il l'entend contre les Farc - la méthode de la fermeté à laquelle s'opposait pourtant son homologue français Nicolas Sarkozy ayant fait ses preuves - tandis que le Vénézuélien Hugo Chavez a totalement changé de discours en appelant la guérilla marxiste colombienne à libérer tous ses otages et à abandonner la lutte armée.
Désormais se pose la question de ce que vont faire la France, les pays voisins de la Colombie ainsi que les Farc, relève le diplomate. "Avec la libération d'Ingrid et des trois citoyens nord-américains, la guérilla a perdu l'instrument politique et reste confrontée à la dure bataille à livrer dans la jungle. Il ne reste plus personne pour attirer l'attention des gouvernements étrangers", déclare à l'AFP un spécialiste des guérillas colombiennes, Leon Valencia, ex-membre de l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste).
La Franco-colombienne, libérée mercredi avec 14 autres otages dans une opération de l'armée colombienne, a adressé depuis Paris un message aux otages restant aux mains des Farc, par le biais du programme radiophonique colombien "Voces del secuestro" (Les voix des otages) qu'ils peuvent écouter de minuit à cinq heures du matin. "Je sais que la liberté est pour très bientôt", a-t-elle déclaré aux 24 otages dits "politiques" et aux plus de 700 captifs enlevés par les Farc contre lesquels elles exigent une rançon.
Nicolas Sarkozy "s'est engagé publiquement à poursuivre la lutte pour tous les otages encore dans la jungle", a-t-elle souligné en ajoutant qu'elle s'était également entretenue avec l'émissaire du chef de l'Etat français, Noël Saez. "J'ai déjà parlé avec l'émissaire, celui qui à 25 reprises est venu se battre pour nous, qui a rencontré Raul Reyes (l'ex-numéro deux des Farc, tué par l'armée colombienne le 1er mars en Equateur, ndlr), qui se dit déjà prêt, le président Sarkozy lui a déjà donné l'ordre de retourner (en Colombie) et de prendre contact" à nouveau avec la guérilla, a précisé Mme Betancourt.
Les Farc, en lutte armée depuis 44 ans dans la jungle colombienne, ont ces derniers mois essuyé une série de revers sévères, notamment avec la mort de trois des sept membres de leur secrétariat dont leur chef historique Manuel Marulanda, Raul Reyes et Ivan Rios, exécuté par ses propres hommes. Leon Valencia prédit que la situation des Farc, déjà très affaiblies, n'ira vraisemblablement pas en s'améliorant, alors qu'elles sont privées de leurs principales monnaies d'échange qui faisaient également office en quelque sorte de boucliers humains.
"L'offensive de l'armée va s'intensifier", estime Leon Valencia, d'autant qu'actuellement "la motivation du gouvernement touche à son paroxysme et que, fort de ses récentes victoires, il va tenter d'acculer la guérilla à la déroute". (belga)
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