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"Désormais, quand il y a une grève, personne ne s'en aperçoit"

Le président Nicolas Sarkozy a affirmé samedi, lors du Conseil national de l'UMP, que "désormais, quand il y a une grève, personne ne s'en aperçoit", se félicitant de ce que la France soit "en train de changer".
Les propos de Nicolas Sarkozy sur le faible impact des grèves continuaient à faire des vagues lundi, des usagers des transports, syndicats et hommes politiques les jugeant décalés par rapport à la réalité et de nature à tendre dangereusement le dialogue social.

Le président Nicolas Sarkozy a affirmé samedi, lors du Conseil national de l'UMP, que "désormais, quand il y a une grève, personne ne s'en aperçoit", se félicitant de ce que la France soit "en train de changer". Des propos d'autant plus "provocants" pour le président de la fédération des usagers des transports publics (FUT-SP) Jean-Claude Delarue, qu'une grève des conducteurs RATP du RER A de la RATP a provoqué le 1er juillet une énorme pagaille en région parisienne. "La grève est indolore dans les transports publics... surtout pour ceux qui ne les prennent pas", a ironisé M. Delarue. "En réalité, elle est tout à fait douloureuse dans les transports, notamment de banlieues. Pour des voyageurs déjà serrés comme des sardines toute la semaine, c'est la catastrophe".

Et ce mouvement "spontané" a montré les limites de la loi dite de "service minimum". Pour les usagers, comme pour les syndicats qui ont réagi ce week-end, les propos du chef de l'Etat risquent "d'inciter précisément à faire grève". "La plus belle réponse" aux propos de M. Sarkozy serait d'organiser "une belle journée de manifestations unitaires à la rentrée", a lancé Dominique Voynet (Verts). "Encore une fois, c'est un mot de trop du président de la République. Il devrait être beaucoup plus prudent que ça", a mis en garde Jean-Claude Mailly (FO), car le "mécontentement des salariés est réel sur toute une série de dossiers" (retraites, pouvoir d'achat, etc).

"La baisse des grèves, c'est surtout dans le secteur public et particulièrement les transports. Dans le privé, il y a eu beaucoup de grèves en début d'année sur les salaires", rappelle le chercheur Jean-Marie Pernot. "Au-delà du nombre de jour de grèves, la conflictualité larvée se renforce dans les entreprises, avec des débrayages, des manifestations, des refus collectifs d'heures supplémentaires...", souligne-t-il. Pour Maryse Dumas (CGT), le chef de l'Etat tente en fait "une opération de diversion parce qu'il a bien du mal à démontrer en quoi sa politique réussit". "Mesurer l'efficacité d'un gouvernement au nombre de grèves correspond à une vision archaïque du dialogue social", a réagi François Chérèque (CFDT), déjà en froid avec les pouvoirs publics accusés d'avoir "trompé" les partenaires sociaux sur le dossier du temps de travail et des 35 heures.

Le président du MoDem François Bayrou s'est demandé "si Nicolas Sarkozy vit dans le même monde que les Français". "Cette semaine, il y a eu trois humiliations: on a humilié les militaires, on a parlé de l'armée avec des phrases extrêmement dures; on a fait la même chose pour le service public de télévision (...) et puis la troisième, c'est les syndicats", a-t-il dit. Le chef de l'Etat "ne peut pas se comporter comme un chef de clan qui vient devant les siens en disant +voyez, j'ai roulé les syndicats dans la farine+", a mis en garde Julien Dray (PS).

"C'est une tempête dans un verre d'eau", a rétorqué le secrétaire général de l'UMP Patrick Devedjian. Pour le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant, Nicolas Sarkozy a "voulu dire que les relations sociales sont en train de changer dans ce pays. Maintenant, on discute avant de faire grève et c'est vraiment un progrès dans le dialogue social". (afp/7sur7)
07/07/08 14h32

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