Les soldats français pris en embuscade le 18 août à l'est de Kaboul se sont trouvés confrontés à quelque 170 rebelles bien armés qui tenaient une ligne de crête sur plusieurs kilomètres, ont indiqué dimanche à l'AFP des officiers des unités concernées.
L'affrontement, qui a duré plusieurs heures dans la vallée d'Uzbeen, s'est soldé par la mort de 10 soldats français, dont neuf directement au combat. Vingt-et-un soldats ont été blessés dans cet accrochage, le plus meurtrier pour les troupes internationales depuis la chute du régime des talibans fin 2001. Il s'agissait par ailleurs du premier combat livré par ces unités françaises, pour la plupart appartenant au 8e Régiment de parachutistes d'infanterie de marine (RPIMa), depuis leur arrivée début août dans le secteur, situé à quelque 65 kilomètres de la capitale afghane, dans un paysage désertique où le moindre souffle de vent soulève des nuages de poussière ocre.
"Ca a été la surprise", reconnaît Sébastien, 37 ans, un commandant du détachement parachutiste dont le nom de famille ne peut être cité pour des raisons de sécurité. "Jusqu'alors, les rebelles avaient pour habitude de passer à l'assaut avec des groupes constitués de 30 à 50 hommes, dont une vingtaine seulement étaient au contact direct", selon ce commandant. "Mais ce coup-ci, ils se sont regroupés et se sont coordonnés", selon le commandant, qui estime que les rebelles, au nombre de 170, appartenaient à plusieurs groupes, dont des talibans.
Les militaires français estiment à entre 40 et 70 le nombre de tués chez les rebelles, mais reconnaissent n'avoir trouvé qu'un seul corps laissé par l'ennemi sur le terrain lorsqu'ils ont décroché à la faveur de la nuit. Le lendemain, des forces américaines engagées plus à l'est ont tué une trentaine de rebelles en provenance du district de Saroubi, selon les militaires français.
Interviewés sur leur base, à sept kilomètres de la ville de Saroubi et à une quinzaine de kilomètres du lieu de l'embuscade, les soldats engagés dans le combat racontent comment un groupe dépêché en renfort après le début des combats s'est lui-même retrouvé à un moment encerclé.
"Il nous a fallu une heure et demie pour arriver sur les lieux" en raison du mauvais état des pistes, raconte Guillaume, 25 ans, chef de groupe au 8e RPIMa. "Le terrain n'était pas bon. On n'avait pas de visuel sur l'ennemi et on ne connaissait pas son volume", ajoute-t-il. "On est monté, mais 20 minutes plus tard on a été pris par des tirs dans le dos. On était encerclés", dit Guillaume. "On a tenu sur place toute la nuit", ajoute Christian, 26 ans, un caporal-chef.
Les derniers éléments n'ont finalement été dégagés que le lendemain matin. Tous les soldats français qui faisaient partie de la première patrouille prise en embuscade ont été rapatriés, ainsi qu'"un ou deux autres" qui avaient été chargés de récupérer les morts et qui ont été marqués par l'expérience. Les soldats sur place affirment toutefois que l'esprit de corps a joué et leur a permis de surmonter l'épreuve. "On en a tous parlé entre nous.
Et la camaraderie a joué entre sections", souligne Nathan, 20 ans. Les patrouilles se poursuivent normalement, "mais on est plus vigilant", dit Nathan. "On a vu la puissance de feu qu'ils peuvent nous mettre d'un seul coup", ajoute-t-il. Cette guerre, "c'est un peu comme la guerre d'Algérie", souligne pour sa part Sébastien. "Mêmes méthodes de guérilla, même type de terrain", dit-il en désignant les montagnes rocailleuses et les vallées désertiques qui entourent la base isolée sur un piton, sous un soleil de plomb.
Une délégation de sept parlementaires français menée par Guy Teissier, député UMP des Bouches-du-Rhône et président de la commission de la Défense de l'Assemblée nationale, a rendu visite dimanche aux hommes sur la base. (afp)


