L'Angola organise vendredi ses premières élections législatives depuis la fin en 2002 d'une guerre civile de 27 ans, à l'issue d'une campagne très largement dominée par le parti du président José Eduardo dos Santos.
Près de huit millions d'électeurs doivent choisir 220 députés parmi 14 partis et coalitions politiques, dont le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), au pouvoir depuis l'indépendance de l'ex-colonie portugaise en 1975, et l'ancienne rébellion de l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita).
Les Angolais n'ont pas voté depuis 1992, quand des élections générales avaient été organisées à la faveur d'une trêve dans la guerre civile dévastatrice entamée dès l'indépendance. Le leader de l'Unita, Jonas Savimbi, en avait rejeté les résultats, qui le donnaient perdant, et repris les armes. Seule sa mort avait mis un terme au conflit.
L'issue du dernier scrutin et les violences qui ont suivi les récentes élections au Kenya et au Zimbabwe sont dans tous les esprits.
"L'Angola est dans une situation complètement différente", a toutefois assuré Rui Farcao Pinto de Andrade, directeur de l'Information et de la Propagande du MPLA. "Nous allons sortir de ce processus dans la paix, tournés vers l'avenir."
"Nous voulons que les élections soient pacifiques et que les gens oublient ce qui s'est passé en 1992", a également indiqué Carlos Morgado, un responsable de l'Unita pour la province de Luanda.
Mais l'opposition évoque un "climat de menaces, d'intimidations et de violences" contre ses partisans, qui ont fait selon l'Unita quatre morts dans ses rangs.
"Mensonges", rétorque M. Pinto de Andrade, qui accuse l'opposition de "chercher à se faire passer pour une victime" parce qu'elle "sait que sa représentation au Parlement va diminuer". "L'Unita n'a pas la moindre chance", pense également Hussein Salomon, directeur du centre des Etudes politiques internationales en Afrique du Sud, qui souligne que "le terrain de jeu n'est pas équitable".
"Le MPLA vient d'une idéologie stalinienne et, idéologiquement, est opposé à toute contestation", explique-t-il, évoquant "le contrôle des médias", "les intimidations" mais aussi "l"utilisation de l'argent public" à des fins de campagne. L'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW) a exprimé ses "doutes quand à l'organisation d'élections libres et équitables en Angola", en raison de "l'intimidation des partis d'opposition et des médias".
Le président dos Santos a balayé il y a quelques jours ces accusations. "Certains partis ont des difficultés à faire passer leurs messages et ils parlent d'intolérance et de mauvaise volonté", a-t-il lancé. Pour le chef de l'Etat, le scrutin a valeur de test de popularité, avant l'élection présidentielle annoncée pour 2009, à laquelle il n'est pas encore officiellement candidat.
Depuis un mois, M. dos Santos, habituellement discret, a multiplié les inaugurations d'installations publiques (barrage hydroélectrique, hôpital, école...), insistant sur les progrès réalisés en terme de reconstruction. L'Angola, qui dispose d'énormes réserves pétrolières, a bénéficié de l'envolée des cours du pétrole et connaît une croissance qui devrait dépasser les 20% en 2008. Avec près de deux millions de baril de brut par jour, le pays rivalise avec le Nigeria pour la place de premier producteur du continent. (afp)


