Le gouvernement vénézuélien de Hugo Chavez a été épinglé dans un rapport sévère de l'organisation internationale de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HWR) qui l'accuse d'avoir "affaibli les institutions démocratiques et la sauvegarde des droits de l'homme".
Dans un rapport de 267 pages, HWR dresse un bilan négatif des dix années de pouvoir de M. Chavez, après en avoir analysé l'impact sur le pouvoir judiciaire, les médias et les organisations syndicales. Ce rapport accuse le gouvernement de Chavez de manquer notamment de "contrôle judiciaire crédible".
Justice
Le gouvernement dévalue "en particulier l'idée d'un pouvoir judiciaire indépendant, indispensable à la protection des droits fondamentaux dans une société démocratique", relève HRW. Selon l'organisation, M. Chavez et ses partisans "se sont emparés politiquement" du Tribunal suprême de Justice, qui "a renoncé à sa mission de contrôleur des agissements arbitraires de l'Etat et de garant des droits fondamentaux".
HRW relève que les médias d'opposition peuvent faire entendre leurs critiques mais souligne que Chavez et son gouvernement "ont renforcé la capacité de l'Etat à limiter l'exercice de la liberté d'expression, en instaurant de puissants stimulants en faveur de l'autocensure".
Promesses
Alors que Chavez avait été élu en 1998 sur la promesse de "réformer et rénover le système politique vénézuélien discrédité", l'approbation d'une nouvelle constitution en 1999 avait offert une "opportunité unique" qui a été manquée, déplore encore l'organisation dans ce texte.
"Il y a dix ans, Chavez a promu une nouvelle Constitution qui aurait pu améliorer la situation des droits de l'homme au Venezuela (...) Depuis son gouvernement a agi à l'inverse en sacrifiant les garanties fondamentales en fonction de ses intérêts politiques", dénonce José Miguel Vivanco, directeur pour les Amériques de HRW.
Discrimination
"La violation la plus grave du droit au Venezuela de ces 10 dernières années a été le coup d'Etat de 2002 contre Chavez (...)Heureusement, qui n'a duré que deux jours. Malheureusement le gouvernement de Chavez l'a exploité depuis pour justifier des politiques qui ont endommagé la démocratie", explique M. Vivanco. Chavez "a appliqué, systématiquement, des politiques discriminatoires qui ont limité l'exercice de la liberté d'expression ou le droit à la liberté syndicale".
"De façon généralisée, il a incité ses subordonnés à prendre des mesures discriminatoires à accuser systématiquement ses opposants d'être des conspirateurs anti-démocratiques", a souligné HRW. Quant au respect du droit syndical, Chavez a "licencié des ouvriers pour avoir exercé leur droit de grève (...) et en a discriminé en raison de leur opinion politique", accuse encore HRW.
Harcèlement
"Les défenseurs des droits de l'homme ont été victimes de harcèlement judiciaire, d'accusations infondées et d'initiatives visant à les exclure de forums internationaux et à restreindre leur accès à des financements", explique en outre l'organisation.
HWR formule également plusieurs recommandations pour inciter le gouvernement vénézuélien à réparer les dommages causés et à renforcer les droits de l'homme. L'organisation prône "la restauration de la crédibilité du Tribunal Suprême de Justice" et "la création d'un organisme autonome d'administration des fréquences de transmission de radio et de télévision".
"Chavez a tenté activement de s'imposer en défenseur de la démocratie, pas seulement au Venezuela, mais dans toute la région" seulement "le Venezuela ne saurait guère servir d'exemple valable si son gouvernement continue à ignorer les principes de droits de l'homme consacrés dans sa propre Constitution", conclut le texte de HRW.


