L'Espagne paie ses immigrés pour quitter le pays

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Par: rédaction
19/09/08 - 17h52
Ce projet, annoncé de longue date, est autre exemple du pragmatisme du gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero (à gauche sur la photo) en matière migratoire.
Le chef de l'opposition de droite, Mariano Rajoy, s'est fait taxer de "xénophobe" par la gauche.

Poussé par la crise économique et la montée du chômage, le gouvernement socialiste espagnol a approuvé aujourd'hui vendredi un plan de retour volontaire pour les immigrés souhaitant rentrer chez eux, confirmant un durcissement après des années de politique de quasi portes ouvertes.

Retour au pays
Ce plan de retour au pays "a un caractère volontaire", a déclaré le ministre du Travail, Celestino Corbacho, lors d'une conférence de presse à l'issue du conseil des ministres. L'idée est de permettre aux ressortissants de certains pays de pouvoir toucher l'intégralité de leurs droits aux indemnités de chômage, en deux fois, en échange de la promesse de partir et de ne pas revenir pendant trois ans. 40% des indemnités seront versées au moment du choix du départ, et 60% un mois plus tard dans le pays d'origine.

Conditions
"Les conditions sont d'être un citoyen extra-communautaire, venir d'un pays qui a passé un accord avec la Sécurité sociale espagnole, être en situation légale de chômage et avoir droit à percevoir les indemnités", a expliqué le ministre. Le plan concerne des immigrés originaires des "19 pays avec lesquels l'Espagne a déjà souscrit des accords bilatéraux en matière de Sécurité sociale, et d'autres pays qui ont des mécanismes de protection similaire", a déclaré sa vice-présidente, Maria Teresa Fernandez de la Vega.

L'Espagne en crise ferme ses portes
Parmi ces pays figurent notamment le Maroc et l'Equateur, les deux plus gros pourvoyeurs d'immigrés en Espagne. Ce projet, annoncé de longue date, est un nouvel avatar du pragmatisme du gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero en matière migratoire: ouvrir les portes en période de croissance, les refermer à l'heure de la crise, tout en enrobant le tour de vis actuel d'une augmentation de l'aide au développement.

Ainsi, en 2005, alors que l'économie espagnole était à son apogée, avec un taux de croissance très élevé, le gouvernement a massivement régularisé près de 580.000 travailleurs clandestins, s'attirant les critiques de l'opposition et de plusieurs pays européens craignant un appel d'air au sein de l'UE.

L'envolée des prix embarque les immigrès vers la frontière
Depuis le début de l'année, le panorama économique a viré au gris. Frappée par le retournement de son marché immobilier, l'envolée du prix des matières premières et la crise financière, l'Espagne est au bord de la récession et le chômage, après avoir touché un plancher historique à 7,95% à l'été 2007, est reparti à la hausse, s'établissant à 10,44% cet été.
Et ce alors que le nombre d'immigrés y a explosé en une décennie, passant de 500.000 en 1996 à 5,22 millions (dont 2,2 millions d'extra-communautaires), actuellement, sur une population totale de 45 millions de personnes.

Trop d'immigrés?
Récemment, le ministre Corbacho a provoqué un mini-tollé en déclarant qu'il n'y allait pratiquement plus avoir de recrutement d'étrangers dans leur pays d'origine pour certains postes de travail comme c'était le cas auparavant car il fallait d'abord trouver du travail aux chômeurs résidant en Espagne. L'immigration est devenue à la faveur de la crise un sujet d'empoignade politique en Espagne, alors qu'une forte majorité d'Espagnols (68,6%), pense qu'il y a trop d'immigrés dans le pays, selon un sondage de juillet.

Le chef de l'opposition de droite, Mariano Rajoy, a critiqué le fait que 180.000 étrangers touchaient les allocations chômage alors que 20.000 Andalous étaient poussés par la crise à traverser les Pyrénées pour faire les vendanges en France, se faisant taxer de "xénophobe" par la gauche.

La gauche critique la mesure
De leur côté, les associations d'immigrés et l'extrême-gauche reprochent au gouvernement de s'aligner sur la ligne dure de la France ou de l'Italie. L'efficacité du plan de retour volontaire annoncé vendredi est controversée. Le gouvernement estime qu'un maximum de 100.000 personnes pourraient en bénéficier. (belga)

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