Des informations contradictoires circulent sur la présence de militaires angolais aux côtés de l'armée congolaise, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), aux portes du Rwanda, qui si elle était avérée pourrait provoquer en retour une vive réaction de Kigali.
L'Angola est un allié fidèle de la RDC voisine: son armée est intervenue pour soutenir le gouvernement de Kinshasa pendant la guerre régionale de 1998-2003 dans l'ex-Zaïre, contre la coalition dont faisait partie le Rwanda. Les Nations unies, qui disposent d'une mission de paix en RDC, et Kinshasa démentent toute présence militaire angolaise. Mais plusieurs autres sources affirment l'inverse. Un officier de la Mission des Nations unies en RDC (Monuc) a ainsi assuré samedi à l'AFP que des éléments angolais avaient participé vendredi aux combats entre l'armée loyaliste et les rebelles de Laurent Nkunda dans la zone de Kibati (est). Ils sont arrivés il y a environ une semaine, a-t-il précisé sans pouvoir en donner l'effectif.
"Une cinquantaine de militaires angolais et zimbabwéens sont en mission de reconnaissance en appui aux unités congolaises sur le front de Kibati", a complété une source diplomatique occidentale.
Ces affirmations vont dans le sens de celles lancées vendredi par la rébellion. "Il y a des troupes angolaises sur le terrain", avait affirmé le porte-parole des rebelles, Bertrand Bisimwa. L'Angola n'a pas encore réagi à ces accusations. Mais les démentis se succèdent, notamment de la part d'abord de Kinshasa: "Si nous avons besoin d'un appui d'un pays frère, nous ne le cacherons pas", a assuré samedi à l'AFP le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende.
Fin octobre, selon une source diplomatique à Kinshasa, des émissaires du gouvernement congolais avaient été envoyés à Luanda pour parler coopération militaire. Depuis, l'armée congolaise a essuyé une lourde défaite, la rébellion étant positionnée depuis le 29 octobre à une quinzaine de kilomètres de Goma (est), capitale du Nord-Kivu de 500.000 habitants. L'ONU a aussi démenti la présence de troupes angolaises. "Ce n'est pas vrai", a assuré vendredi Edmond Mulet, sous-secrétaire général de l'ONU pour les opérations de maintien de la paix. Mais "il y a peut-être des instructeurs angolais dans le pays", a nuancé samedi le porte-parole militaire de la Monuc, le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich.
D'autres sources mettent en garde contre une possible confusion entre troupes angolaises et troupes congolaises lusophones. Un photographe de l'AFP a rencontré à Kibati trois soldats en uniforme congolais qui parlaient portugais et ont affirmé être congolais. L'un d'eux a expliqué être originaire de la province congolaise du Katanga (sud), frontalière de l'Angola. De nombreux militaires du Katanga ont en effet grandi en Angola, où les fameux "gendarmes katangais" et leurs familles avaient émigré au début des années 60, et parlent du coup portugais. Ils ont déjà servi à plusieurs reprises à l'Angola au cours des dernières années pour mener de discrètes opérations en RDC.
Si la présence de troupes angolaises en RDC était avérée, elle donnerait en tout cas une dimension régionale à la guerre en RDC et risquerait d'être perçue comme une provocation par le Rwanda voisin. La zone de Kibati est stratégique pour ce petit pays de la région des Grands Lacs, et n'est située qu'à 5 km à vol d'oiseau de sa frontière. On ne peut rien commenter à ce stade", a indiqué samedi selon l'envoyé spécial rwandais pour les Grands Lacs. La polémique intervient alors qu'un sommet de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), incluant donc l'Angola et la RDC, se penchera dimanche à Johannesburg sur la crise politique au Zimbabwe, et sur le conflit dans l'ex-Zaïre. (belga)
Connectez-vous ou enregistrez-vous pour réagir!


