Des ministres de la Défense de l'OTAN et de l'Ukraine se sont rencontrés jeudi à Tallinn pour discuter des aspirations de Kiev à rejoindre l'Alliance, un sujet qui divise les Etats membres.
Dès l'ouverture de la session, le président estonien Toomas Hendrik Ilves, dont le pays est membre de l'OTAN depuis 2004, a appelé les membres de l'Alliance à débattre directement de l'adhésion de l'Ukraine à cette organisation en dépassant leurs divergences qui bloquent le Plan d'action en vue de l'adhésion (MAP). "Nous devions réfléchir sur la façon de débloquer l'impasse sur le calendrier et les symboles politiques", a déclaré M. Ilves, ajoutant qu'"une des possibilités est peut-être de reconnaître que le MAP tel qu'il a été proposé aux pays comme le mien en 1999 est tout simplement dépassé".
Il a également souligné l'importance stratégique de l'Ukraine et celle de la démocratie pour la stabilisation de la région de la mer Noire et des Balkans. "L'Ukraine et son destin reste un test pour l'avenir de l'Europe", selon lui. Aucune décision ne sera prise lors de la réunion de Tallinn, les ministres devant se réunir le mois prochain à Bruxelles pour continuer à discuter du MAP de l'Ukraine et de la Géorgie. Ancienne république soviétique, l'Estonie a acquis son indépendance en 1991 et a rejoint l'Alliance après avoir suivi le MAP. Tout comme d'autres membres ex-communistes de l'Alliance, Tallinn soutient fermement l'adhésion de l'Ukraine, ainsi que celle de la Géorgie, autre ex-république soviétique.
La réunion de Tallinn intervient alors que les relations entre l'OTAN et Moscou se sont tendues après le conflit russo-géorgien d'août dernier. Dans ce contexte délicat, l'élargissement de l'Otan jusqu'aux portes de la Russie divise les membres de l'Alliance. Les Etats-Unis estiment ainsi que la Russie ne doit pas empêcher la pleine intégration à l'Ouest des anciennes républiques soviétiques. Paris et Berlin notamment considèrent en revanche que la guerre du mois d'août n'a fait que confirmer les risques qu'il y aurait à voir ces pays entrer dans l'OTAN.
Le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a reconnu que le conflit d'août a changé "l'environnement de sécurité européen", tout en soulignant le droit de l'Ukraine et de la Géorgie à choisir librement leur stratégie de sécurité. Le poids de la rencontre de Tallinn, prévue d'abord comme informelle, a été renforcé par la participation du secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, un signal de soutien aux aspirations euro-atlantique de l'Ukraine et de la Géorgie selon son entourage.
"Il existe de différents points de vue", a déclaré à la presse un haut responsable américain sous le couvert de l'anonymat, tout en estimant qu'il existait toujours "une solide base commune" en faveur d'une éventuelle adhésion à l'Otan des anciennes républiques soviétiques. "Nous devons être très clair que la Russie n'a pas réussi à tracer une ligne à travers l'Europe avec son invasion de la Géorgie, et faire passer le message que l'Otan est sur la bonne voie en travaillant avec les pays de l'est sur le processus du développement d'une Europe entière et libre", a-t-il ajouté. (belga)
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