Les gardiens du parc des Virunga, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), côtoient habituellement les gorilles dans un paysage grandiose. Leur horizon est désormais limité au mur d'enceinte d'un camp de déplacés atteint après des jours de survie en forêt.
"Cela s'est passé le dimanche 26 octobre. Nous étions à la station (du parc) lorsque nous avons entendu des tirs entre les militaires du CNDP (la rébellion du Congrès national pour la Défense du Peuple, du général tutsi Laurent Nkunda) et de l'armée. Vers 06h30, les tirs se sont rapprochés et nous avons déguerpi dans la forêt", se souvient Désiré, gardien de 31 ans.
Désiré et 52 autres gardiens de Rumangabo ont fui ce jour-là - en ordre dispersé mais tous par la forêt - la progression rebelle vers Goma, 50 km plus au sud, et la prise de l'importante base militaire de l'armée régulière située à deux kilomètres de leur camp.
Désiré est à présent réfugié avec environ 180 des 680 gardiens que compte le parc dans un petit camp de déplacés mis en place par l'Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN) à la périphérie de Goma, où sont regroupés plusieurs centaines de leurs proches.
"Nous avons passé trois jours et deux nuits dans la forêt. On était douze. Mais bon, nous les gardiens, nous connaissons la forêt. Nous avons mangé des petits fruits, des feuilles et nous avons bu l'eau qui stagnait dans les roches volcaniques", témoigne le jeune homme, bottes en caoutchouc aux pieds.
Les douze hommes ont décrit un arc de cercle pour contourner la route principale et ses combats, échappant à la surveillance d'hommes en armes dans le parc, pour gagner les abords de Goma après 70 km de marche. "Il y avait également des FARDC (Forces armées de RDC) qui fuyaient", se souvient-il.
Jules, un garde de 35 ans, dont la chemise rouge impeccable rehausse un pantalon de velours noir, a trouvé refuge chez son grand-père à Goma après avoir emprunté un autre itinéraire, par le nord, se jetant ainsi dans la gueule des combats entre rebelles et milices locales à Kiwanja, à 80 km au nord de Goma.
"Nous sommes partis (de Rumangabo) et nous avons fait deux jours dans la forêt. On mangeait des feuilles de haricots. On n'avait pas d'eau. Il pleuvait mais il n'y avait rien pour récupérer la pluie", explique ce responsable d'une des unités de lutte contre le braconnage du parc, dont le directeur est le Belge Emmanuel de Merode.
"Nous avons +lâché+ nos uniformes et nous avons rejoint Kiwanja. Mais il y a eu l'attaque des Maï-Maï contre les rebelles", le 4 novembre. Jules profitera finalement d'un convoi escorté par l'ONU pour rejoindre Goma. Non loin dans le camp, au milieu de femmes et d'enfants affairés à démonter des tentes pour déménager dans un terrain plus grand, se tient Benjamin, gardien de la station de Kalengera, au nord de Rumangabo.
La voix posée, mélange de dignité, d'abattement et de fatalisme qui se dégagent immanquablement des centaines de milliers de déplacés de la province du Nord-Kivu, Benjamin raconte avoir perdu son père et être sans nouvelles de sa femme et de ses cinq enfants. Lui aussi aura passé quatre jours dans la forêt, avant de rejoindre Goma "il y a une semaine". "Il y avait du monde dans la forêt. Des gardiens, mais des familles aussi. Certains sont morts dans la forêt, de fatigue, par manque d'eau ou de vivres", témoigne le père de famille de 35 ans.
Le jour de l'attaque, "les rebelles sont venus et ont commencé à tuer des gens dans le village. Mon père a perdu la vie là-bas. Moi j'étais caché dans une maison avec des amis. Nous avons fui dans la forêt. Ma famille était dans le village et elle est toujours là-haut", raconte-t-il. "On m'a dit que mon père avait été enseveli mais je n'étais pas là pour le voir". (belga/th)
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