RDC: combats entre armée et miliciens Maï-Maï
Des combats ont éclaté mardi entre l'armée congolaise et des miliciens Maï-Maï pro-gouvernementaux près de la ville stratégique de Kanyabayonga, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a-t-on appris auprès de la Mission de l'ONU dans ce pays (Monuc). Le chef des Maï-Maï, le général Lafontaine, a confirmé ces violences, expliquant qu'elles avaient pour origine une "tragique erreur".
Plus tôt dans la journée, une source administrative locale avait fait état de tirs et d'incidents impliquant l'armée dans cette région, plus précisément dans les localités de Kayna et Kirumba. "Des combats ont éclaté à Kayna et Kirumba entre FARDC (Forces armées de RDC) et Pareco (Patriotes résistants congolais)", des miliciens pro-gouvernementaux, a déclaré le porte-parole militaire de la Monuc à Kinshasa, le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich.
Kirumba et Kayna sont situés à une vingtaine de km au nord de Kanyabayonga, ville stratégique d'environ 50.000 habitants qui verrouille toute la partie nord de la province du Nord-Kivu. Ces combats ont lieu à plus de 1.500 km à l'est de la capitale Kinshasa.
Interrogé par l'AFP depuis Kinshasa, le chef du PARECO, le général Lafontaine, a confirmé ces violences, expliquant qu'elles avaient pour origine une "tragique erreur".
"Nos forces étaient déployées en embuscade dans la vallée de Kamandi pour contrer une éventuelle avancée" des rebelles de Laurent Nkunda, positionnés à 9km au sud de Kanyabayonga, a dit le général Lafontaine. Mais "des FARDC en train de se redéployer ont pénétré dans notre dispositif et nous avons ouvert le feu. Ce n'était pas un combat préparé, c'est une erreur monumentale", selon le chef Maï-Maï.
"Furieux" de cet incident, "des militaires des FARDC ont commencé ce matin à s'en prendre à la population et à tirer dans Kirumba et Kayna (7km au sud), c'est une confusion totale dans la cité", a-t-il raconté, faisant état de pillages commis par des soldats. "Je ne comprends pas quelle est cette armée qui pille et qui s'en prend aux Congolais, au lieu de (les) défendre face à l'ennemi", a dénoncé le général Lafontaine, affirmant par ailleurs avoir donné l'ordre à ces hommes "de faire cesser" ces exactions.
Jointe au téléphone par l'AFP, une source administrative à Kirumba a indiqué que les tirs se poursuivaient en fin de matinée à Kirumba et Kayna, faisant état "d'un grand désordre" dans les deux agglomérations d'où la plupart des habitants ont fui "pour se réfugier en brousse". Tout ce secteur clé de Kanyabayonga-Kayna-Kirumba avait été la semaine dernière le théâtre de pillages et exactions "à grande échelle" perpétrés par des éléments des FARDC, mécontents et paniqués d'un redéploiement opérationnel plus au sud sur la ligne de front, selon l'ONU.
Des miliciens du PARECO s'étaient alors opposés, les armes à la main, aux pillages et à la fuite de ces militaires de l'armée régulière, faisant au moins trois tués. L'armée congolaise a subi ces dernières semaines plusieurs défaites dans la province du Nord-Kivu face à la rébellion de Laurent Nkunda, qui est positionnée depuis fin octobre aux portes de Goma, la capitale provinciale.
Des soldats de l'armée régulière se sont en outre livrés à de nombreux pillages et exactions fin octobre à Goma. Lundi, le président Joseph Kabila a nommé un nouveau chef d'état-major à la tête des armées, le général Didier Etumba Longomba en remplacement de Dieudonné Kayembe, "vu la nécessité et l'urgence" de la situation.