Colombie: le drame silencieux des déplacés
Manifestation de Colombiens déplacés par le conflit armé.
La Colombie, qui sera sous la loupe du Conseil des droits de l'homme de l'ONU mercredi, est l'un des pays au monde comptant le plus de déplacés, preuve chiffrée de la poursuite du conflit et des violations des droits de l'homme qui l'accompagnent.
Pseudo-sécuritéEn dépit de la politique de "sécurité démocratique" mise en place depuis 2002 et qui a poussé les guérillas hors des grandes villes, des milliers de Colombiens sont encore chassés de chez eux chaque année par les parties en conflit.
Selon des estimations officielles et non gouvernementales il y a en Colombie entre 2,6 et quatre millions de personnes déplacées. Et selon l'ONG Codhes, spécialisée dans la défense des droits des déplacés, 270.000 personnes ont du fuir leurs foyers entre janvier et septembre 2008, plaçant la Colombie en deuxième position mondiale dans ce domaine, au côté de l'Irak et derrière le Soudan.
"Le taux toujours très élevé de nouveaux cas de déplacements forcés dans certaines régions, notamment la côte Pacifique est particulièrement inquiétant", a déclaré à la mi-novembre Walter Kälin, le représentant des Nations unies pour les déplacés, lors d'une visite en Colombie. Les habitants des régions rurales, en particulier dans le sud et le sud-ouest du pays, continuent de subir les effets du conflit entre les guérillas et l'armée.
Témoignage d'une mèreAinsi "Maria", 41 ans, qui témoigne sous un prénom d'emprunt. Mère de six enfants, elle vivait encore au début de l'année à Jamundi, dans le département Valle del Cauca (nord-est). Un de ses fils était parti au service militaire. "La guérilla l'a su et ils m'ont dit qu'à son retour ils l'emmèneraient", raconte-t-elle à l'AFP. Un mois après son retour, ils sont venus le chercher. Comme il n'était pas là, "ils ont emmené mon mari et prévenu qu'ils le rendraient en échange de mon fils, qu'ils ont traité de paramilitaire".
Maria a ensuite pris la fuite avec tous ses enfants. Elle n'a jamais retrouvé son mari et vit à Bogota, après avoir reçu une allocation de 120.000 pesos (52 dollars, environ un quart du salaire minimum) par mois à laquelle elle n'a eu droit que pour trois mois.
"Le chiffre de déplacés ne diminue pas", déplore le représentant en Colombie du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) de l'ONU Jean-Noël Wetterwald en reconnaissant toutefois les efforts du gouvernement en la matière: "le conflit est toujours là et un conflit déplace".
Des bandes criminelles oppressantesL'ONU s'inquiète aussi du développement des "bandes émergentes" qualifiées par le gouvernement de "bandes criminelles" au service du trafic de drogue, et par certaines ONG, de nouveaux groupes de paramilitaires d'extrême droite, qui "instillent la peur, et induisent le déplacement". Ainsi, dans le département de Narino (sud-ouest), le plus touché, on l'on répertorie six de ces groupes "émergents" en plus des guérillas et de l'armée, l'ONU estime que 10% de la population est déplacée: elle fuit des combats mais part aussi en raison de menaces et intimidations destinées à la chasser des terres et à en prendre le contrôle, quand il ne s'agit pas des mines antipersonnel posées par la guérilla.
"Officiellement (pour les autorités, ndlr), le conflit n'existe pas et les déplacements sont en baisse. Mais nous constatons le contraire", témoigne, sous couvert de l'anonymat, un humanitaire étranger vivant dans ce département.
Selon un rapport du Défenseur du peuple, 90 "situations à risque" pour les droits de l'homme ont été identifiées en 2007 dans 18 départements sur 32, les déplacements forcés apparaissant comme le danger numéro un.