Plus discrète que la rébellion dans l'est du pays, la crise économique en République démocratique du Congo (RDC) commence à faire des ravages auprès de la population et pourrait à terme s'avérer tout aussi dangereuse pour le régime du président Joseph Kabila.
Effondrement du prix des matières premières
La Banque centrale congolaise (BCC) a annoncé vendredi une croissance négative de moins 2,7% entre juillet et octobre. Et, alors qu'elle misait encore cet été sur un taux annuel de près de 11% pour 2008, elle a revu ses prévisions à la baisse à 5,9%. L'effondrement des cours des matières premières risque "de rendre notre économie encore plus vulnérable qu'auparavant", a reconnu samedi M. Kabila devant le Parlement.
La RDC possède 34% des réserves mondiales de cobalt, 10% de celles de cuivre, mais aussi des diamants, de l'or, de l'uranium, du coltan... Depuis cet été, le cuivre a toutefois perdu 75% de sa valeur, le diamant 40%, et le cours du cobalt a été divisé par cinq. Ce retournement est intervenu alors que le secteur minier était déjà plongé dans l'incertitude en raison de la volonté du gouvernement de renégocier les contrats miniers octroyés au début des années 2000.
Les exploitants miniers dans le rouge
Dans ce contexte, la vingtaine de grosses entreprises cotées sur les marchés internationaux et présentes en RDC ont vu leur capitalisation fondre (près de moins 90% en moyenne sur un an) et ont ralenti leur production. Le groupe australien Anvil Mining a ainsi stoppé depuis une semaine l'exploitation de sa mine de cuivre de Dikulushi (Katanga, sud-est), tandis que le géant sud-africain De Beers arrêtait l'exploration diamantifère.
Incapables de couvrir leurs coûts de production, quasiment tous les autres acteurs du secteur - fondeurs, creuseurs artisanaux, comptoirs, négociants - ont mis la clé sous la porte. Dans la province minière du Katanga, il y a "déjà 200.000 chômeurs supplémentaires et ils seront de 300.000 à 350.000 d'ici la fin de l'année", selon le ministre local des Mines, Barthélemy Mumba Gama.
"Les conséquences sont visibles à l'oeil nu"
"Les mines sont le moteur du développement, et toutes les autres activités gravitent autour", a-t-il ajouté, évoquant "une faillite en chaîne" au Katanga, où les commerces, les restaurants et même l'aéroport de Lubumbashi sont quasiment vides. Même schéma dans la province diamantifère du Kasaï-Oriental (centre), où "la production est tombée très bas", selon le président de l'Assemblée provinciale, François Kabala.
"Les conséquences sont visibles à l'oeil nu", dit-il. Selon lui, à Mbuji Mayi, le chef-lieu de la province, la mendicité a augmenté, les habitants commencent à vendre leurs biens dans les rues et les potagers de subsistance se multiplient. Sur le plan macroéconomique, la baisse des exportations limite l'entrée de devises étrangères et entraîne une dépréciation du franc congolais (FC), qui a perdu 20% de sa valeur sur un an face au dollar.
Il reste de quoi payer les fonctionnaires pendant deux mois
Malgré tout, le président Kabila a appelé à ne pas se "décourager devant des anticipations pessimistes". Et son gouvernement a présenté un projet de budget 2009 de près de 5 milliards de dollars (+40% par rapport à 2008), basé sur un taux de croissance de 9%. Ce budget, "irréaliste" pour l'opposition, risque d'être d'autant plus difficile à tenir que la guerre au Nord-Kivu (est), où sévit la rébellion du général Laurent Nkunda, pèse lourd sur les finances publiques.
"Dans deux mois, l'Etat congolais n'aura plus les moyens de payer les fonctionnaires", estime une source diplomatique sous le couvert de l'anonymat. Pour cette source, le régime du président Kabila "court à la catastrophe", parce que la crise risque "de rendre rapidement explosive une situation sociale déjà très dégradée". Plus de 75% de la population vit avec moins de un dollar par jour et la RDC se classe au 167ème rang sur 177 au classement des Indicateurs de développement humain (IDH). (belga/th)
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