Rama Yade, la ministre française de couleur, en disgrâce

sauvegarder
Par: rédaction
18/12/08 - 19h30
Rama Yade, symbole d'une ouverture des élites aux minorités, semble tombée en disgrâce auprès de Nicolas Sarkozy, après avoir refusé de se présenter aux élections européennes.

La secrétaire d'Etat française aux droits de l'Homme, seule ministre noire du gouvernement et symbole d'une ouverture des élites aux minorités, semble tombée en disgrâce auprès du président Nicolas Sarkozy, après avoir refusé de se présenter aux élections européennes.

En une dizaine de jours, son ministre de tutelle, le chef de la diplomatie Bernard Kouchner, et plusieurs proches de Nicolas Sarkozy l'ont vivement attaquée.

L'ancien French Doctor avait lancé la première salve, le 10 décembre, au jour du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme. Il s'était demandé si la création du secrétariat d'Etat aux droits de l'Homme n'avait pas été une "erreur".

Les langues se sont déliées contre celle qui fut longtemps la protégée de Nicolas Sarkozy depuis qu'elle a annoncé, le 7 décembre, qu'elle ne serait pas candidate aux élections européennes de juin, estimant qu'un tel mandat ne lui permettrait pas de donner "le meilleur" d'elle-même.

Depuis quelques semaines, le président Nicolas Sarkozy encourageait Rama Yade, entrée au gouvernement en 2007 et qui n'a jamais postulé à un mandat électif, à se présenter au scrutin européen.

L'une des dernières flèches les plus acérées a été décochée par le député-maire de Nice Christian Estrosi, qui est aussi le secrétaire général adjoint du parti UMP au pouvoir.

"Elle existe parce que Nicolas Sarkozy l'a fabriquée! ", a-t-il déclaré au journal le Parisien. "On fait un placement, on le fait fructifier et, au moment où on veut en tirer les bénéfices, voilà...", a-t-il ajouté, à propos de cette non-candidature.

Des mots qui ont fait bondir la benjamine du gouvernement, 32 ans, qui a immédiatement appelé M. Estrosi à "démentir" ces propos qu'elle a jugés "pas très honorables". "Une femme n'est pas un investissement dont on doit tirer des bénéfices", a-t-elle ajouté.

Quelques heures plus tard, M. Estrosi tentait de relativiser cette déclaration. "J'ai évoqué la responsabilité de se rendre utile pour un ministre qui n'avait jamais conquis de fief électoral, afin de permettre à l'UMP de bénéficier de sa valeur ajoutée", a déclaré M. Estrosi à l'AFP.

"Je comprends la déception du président de la République", a-t-il dit à propos du refus de Mme Yade, dont il salué le "talent" et sa "compétence", de se présenter aux européennes.

Rama Yade en a également profité pour répondre à une autre attaque, cette fois d'un membre du gouvernement, la secrétaire d'Etat chargée de la Famille Nadine Morano.

Cette dernière avait déclaré que la "diversité", c'est-à-dire le fait d'être issu d'une minorité, ne devait pas être une "bouclier" pour les ministres.

"Au moment où Nicolas Sarkozy fait des propositions pour améliorer la diversité dans notre pays, il ne faudrait pas en faire le procès parallèlement", a réagi Rama Yade, d'origine sénégalaise.

"Il y en a qui n'ont jamais accepté cette diversité (...) et donc des relents conservateurs remontent", a-t-elle lancé à son tour.

En lui proposant d'aller siéger à Strasbourg, le président pensait lui faire un "cadeau", elle serait devenue une "star" dans l'hémicycle européen, indique à l'AFP une source proche du gouvernement.

Ce dernier a d'ailleurs manifesté sa colère contre Rama Yade lors du dernier conseil des ministres, auquel la secrétaire d'Etat n'assistait pas, expliquant qu'un ministre ne peut refuser de se présenter à des élections, selon cette source. (belga)

Votre avis nous intéresse!