Thierry Desmarest.
Thierry Desmarest, ex-PDG du groupe pétrolier Total, placé jeudi par le tribunal correctionnel de Toulouse au rang des prévenus au procès de l'explosion de l'usine AZF, se retrouve une nouvelle fois en pleine tempête médiatique.
L'image d'insolente réussite de cet homme discret, âgé de 63 ans, qui répugne à monter en première ligne, avait déjà été fortement affectée par le naufrage, en décembre 1999, du pétrolier Erika. Image d'autant plus ternie que la gestion de cette catastrophe par M. Desmarest avait été particulièrement maladroite. L'explosion de l'usine AZF de Toulouse en septembre 2001, avait ravivé les violentes critiques à l'encontre de l'ancien plus important patron français.
Qualifié auparavant de "Monsieur-Sans-Faute", Thierry Desmarest, qui en une dizaine d'années avait réussi à hisser le groupe Total, -dont il a été le PDG de 1995 à 2007- dans la cour des grands du pétrole, aux côtés des Shell, BP et ExxonMobil, avait également réussi à cristalliser sur lui toutes les attaques contre les industries pétrolière et chimique.
Dans l'affaire de l'Erika, victimes et écologistes lui ont reproché d'avoir écarté puis minimisé les responsabilités de TotalFina en tant qu'affréteur du navire et de s'être comporté lui-même en technocrate froid face à l'émotion soulevée par la pollution. Son absence sur les lieux de la catastrophe avait été particulièrement mal ressentie. M. Desmarest avait reconnu plus tard avoir "sous-estimé au départ" son ampleur.
Ayant compris la leçon, le PDG de Total s'était déplacé à Toulouse le jour même de l'explosion de l'usine chimique, dont une filiale du groupe, la société Grande Paroisse, était propriétaire. Il avait également mis en place cellule de crise et numéros verts. Puis il avait assuré les salariés en 2002 de sa volonté "de chercher la vérité sans préjugé" sur les causes de l'explosion qui a fait 31 morts et des milliers de blessés.
Parallèlement, le PDG de Total a dû fermement défendre devant les députés, la décision de son groupe d'investir en Birmanie, pays dirigé par une junte militaire, puis préciser que son groupe n'avait "jamais recouru, directement ou indirectement, au travail forcé" dans ce pays.
Polytechnicien et ingénieur des mines, né le 18 décembre 1945 à Paris, Thierry Desmarest est un homme à la mine affable, dont les yeux bleus et le sourire mesuré cachent aussi un chef d'entreprise à la volonté de fer, parfois brutal, plus à l'aise face à des analystes que confronté au public ou aux journalistes.
Manager atypique, sans réseaux mais s'appuyant sur des troupes fidèles, il avait, au cours de sa carrière d'ingénieur totalement vouée au pétrole, gagné la plupart de ses paris stratégiques. Entré chez Total en 1981, il avait gravi méthodiquement les échelons, devenant le dauphin désigné de Serge Tchuruk, auquel il avait succédé en mai 1995. En 1999, Thierry Desmarest devenait même l'une des coqueluches des milieux financiers, après ses deux coups d'éclat: le rapprochement réussi avec le belge Petrofina, et la prise d'assaut de son rival Elf Aquitaine au terme d'un duel boursier.
Jeudi, Thierry Desmarest a confirmé qu'il "était bien entendu, prêt à venir témoigner" au procès AZF, a indiqué un communiqué du groupe pétrolier français. (afp)


