Les ONG craignent que l'arrivée de renforts ne nuise aux civils afghans
L'arrivée en Afghanistan de milliers de soldats américains en renfort risque d'entraîner une aggravation des violences et davantage de victimes civiles, a averti vendredi un groupement d'organisations non gouvernementales.
Ce rapport intitulé "Pris dans le conflit", publié le jour où s'ouvre le sommet de l'Alliance atlantique à Strasbourg, est signé de onze ONG qui appellent à une "stratégie globale pour la reconstruction à long terme et la stabilisation de l'Afghanistan". La Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf) sous commandement de l'Otan compte environ 62.000 des 75.000 soldats étrangers déployés en Afghanistan pour lutter contre l'insurrection des talibans, le reste participant à la coalition sous commandement américain.
Les Etats-Unis ont annoncé l'envoi cette année de 21.000 hommes en renfort et le commandement des forces internationales en Afghanistan souhaite obtenir encore quelque 10.000 soldats supplémentaires. Des responsables militaires de l'Otan ont déjà prévenu que l'arrivée des renforts allait probablement, dans les premiers mois, s'accompagner d'une recrudescence de l'activité des insurgés.
"Il est probable que le déploiement de renforts entraîne plus de combats et les civils seront alors pris dans ces violences", a estimé jeudi à Kaboul un responsable de l'organisation Oxfam, Matt Waldman, en présentant le rapport. "C'est pourquoi nous appelons les forces armées à faire leur possible afin de limiter les dommages aux civils, que ce soit lors des bombardements ou des opérations au sol", a ajouté Matt Waldman.
L'année 2008 a été la plus meurtrière en Afghanistan depuis le début de l'insurrection menée par les talibans, chassés du pouvoir à la fin 2001 lors de l'offensive conduite par les Etats-Unis. Plus de 2.100 civils ont été tués, une augmentation de 30 pour cent par rapport à 2007, selon l'ONU. Environ 55 pc d'entre eux ont été victimes des insurgés et près de 40 pc des décès ont été provoqués par les forces gouvernementales et alliées.
"En dépit des précautions prises (...) trop d'opérations menées par les forces étrangères entraînent un recours excessif à la force, des pertes humaines et des dommages aux biens", souligne Matt Waldman. "Ceci provoque de la colère, de la peur et du ressentiment parmi les Afghans et écorne le soutien populaire à la présence internationale".
Les agences humanitaires, parmi lesquelles également Save the Children UK, ActionAid, International Rescue Committee et CARE Afghanistan, réclament des enquêtes rapides et transparentes sur les violences ayant fait des victimes civiles et un système unique de compensations. Elles critiquent par ailleurs l'implication des militaires dans l'action humanitaire, la jugeant "inefficace" et susceptible de "brouiller" la ligne entre organisations civiles et militaires, mettant en danger le personnel civil qui risque d'être confondu avec les soldats.
La stabilité en Afghanistan exige que les militaires se concentrent sur la sécurité, laissant aux organisations civiles la reconstruction et l'action humanitaire, écrivent les auteurs du rapport. 31 employés humanitaires ont été tués en 2008 en Afghanistan, deux fois plus qu'en 2007, soulignent les agences, dénonçant le fait que des soldats utilisent parfois des véhicules blancs sans signe de reconnaissance, en principe utilisés uniquement par l'ONU ou les humanitaires. (belga/th)