La Moldavie, pays oublié d'Europe, en pleine crise identitaire
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contexte
Tiraillée entre des aspirations européennes, un héritage roumain et un ancrage politique à Moscou depuis 60 ans, la Moldavie, pays le plus pauvre d'Europe, cherche encore sa voie 18 ans après son indépendance de l'URSS.
Indépendance depuis 1991 seulementDe la Russie tsariste à l'Union soviétique en passant par l'Empire ottoman et les royaumes roumains, la Moldavie n'a accédé à l'indépendance qu'en 1991. A cette histoire mouvementée s'ajoute la présence d'une une forte minorité russophone, dans ce pays à majorité roumanophone, et d'un territoire séparatiste pro-russe, la Transdniestrie. Le pays est enfin plongé dans une crise socio-économique qui en a fait le haut-lieu du trafic de femmes en Europe.
Cette misère alimente le mécontentement des jeunes qui ont violemment manifesté mardi, avec des accents roumanophiles, exprimant ainsi leur colère après la victoire écrasante du Parti communiste aux législatives. "C'est avant tout une protestation sociale. Les jeunes en ont marre de la pauvreté, de l'absence de perspective d'une vie digne. Ils ont conscience de ce qui se passe à l'étranger, de l'humiliation nationale d'être les plus pauvres en Europe. Et tout ça ils l'identifient aux communistes", estime Mihaï Fusu, un célèbre metteur en scène de théâtre.
Fracture générationnelleM. Fusu relève aussi une fracture générationnelle entre les parents, sensibles au discours communiste sur la stabilité, et une jeunesse assoiffée d'ouverture sur l'Union européenne en général, et la Roumanie en particulier. "Les jeunes ici veulent simplement le même niveau de vie, les mêmes opportunités que les Roumains : vivre de manière plus civilisée, plus européenne. Ils ont une autre mentalité que leurs aînés", note-t-il.
Cette référence roumaine, lourde de sous-entendus historiques, inquiète le président communiste, Vladimir Voronine, partisan d'une Moldavie formant un pont entre l'Europe et la Russie, le principal partenaire économique du pays, alors que certains n'hésitent pas à réclamer à un rattachement à la Roumanie. "Voronine mène une politique réaliste, il comprend que l'UE ne va pas intégrer de nouveaux membres avant 20 ans, et il faut bien exister", souligne Vladimir Jarikhine de l'Institut des pays de la CEI (Communauté des Etats indépendants, ex-URSS moins les pays baltes et la Géorgie).
L'influence russe reste très forteLes deux-tiers de la population rêvent pour leur part d'une intégration de l'UE. Mais faute de perspective, "nombre d'entre eux font un choix européen personnel en payant des pots de vin pour obtenir un faux visa touristique et partir en Europe", note Oazu Nantoi, expert à l'Institut des politiques publiques à Chisinau. Si l'écrasante majorité des Moldaves ne souhaitent pas en revanche intégrer la Roumanie, la misère donne un argument choc aux mouvements nationalistes pour lesquels "aller vers Bucarest devient la clé de la prospérité".
Le président Voronine a lui-même favorisé le débat en changeant régulièrement d'avis sur l'ancrage diplomatique de la Moldavie. Pro-russe de 2001 à 2003, il se pose ensuite en avocat de l'intégration européenne après s'être brouillé avec Moscou sur la question du règlement du séparatisme de la Transdniestrie. Il a ensuite proclamé la neutralité de la Moldavie, amorçant un rapprochement avec la Russie.
L'influence russe reste cependant forte. "A la télévision, les chaînes russes dominent. Pour 60% des Moldaves, la Russie doit être notre partenaire stratégique et pour 70% des gens, Vladimir Poutine est l'homme politique le plus respecté", relève M. Nantoi. (belga/th)