Un professeur de droit, jugé pour un meurtre sans aveux ni cadavre
Poursuivi pour le "meurtre" de sa femme, disparue il y a neuf ans mais dont le cadavre n'a jamais été retrouvé: le procès de Jacques Viguier, un professeur de droit de 50 ans, s'est ouvert lundi devant la cour d'assises de Toulouse.
"Je suis fatigué mais en même temps, ce sera une délivrance d'être acquitté dans 15 jours", a déclaré le professeur de la Faculté de droit de Toulouse, le visage fermé, entouré de ses avocats, lors de son entrée au tribunal. Le verdict est attendu le 30 avril. Son épouse, Suzanne Blanch, mère de trois enfants, professeur de danse alors âgée de 39 ans, avait disparu le 27 février 2000, la veille d'un rendez-vous avec son avocat pour entamer une procédure de divorce.
Elle avait été raccompagnée à son domicile au petit matin par son amant. Son mari n'avait signalé la disparition que trois jours plus tard, expliquant que le couple faisait chambre à part depuis plusieurs mois. Au mois de mai 2000, Jacques Viguier avait été inculpé et écroué en raison d'"incohérences et d'incertitudes" dans ses explications et sur la foi d'expertises scientifiques.
La disparition du matelas du canapé sur lequel dormait Mme Viguier, la présence d'ADN mélangé des deux époux décelé dans des taches de sang découvertes sur du linge de maison, un mystérieux coup de fil passé du domicile à une heure où le professeur certifie qu'il faisait un jogging ont formé un faisceau de présomptions dans une enquête sans aveu et sans cadavre.
L'avocat de M. Viguier, Me Georges Catala, a déclaré que l'accusé "était partagé entre angoisse et confiance. Angoisse car ça fait neuf ans qu'il suit cet itinéraire et confiance car il croit à la justice de son pays".
"Il n'y a pas de doute depuis le début, toutes les personnes qui connaissent le dossier savent qu'il est coupable, reste à le démontrer et à le prouver (...) Le mobile est que le lendemain matin, elle avait rendez-vous chez un avocat et Jacques Viguier ne voulait pas divorcer", a déclaré pour sa part Me Guy Debuisson, avocat des parties civiles.
"Même si lui-même avait quelques turpitudes conjugales, il avait estimé qu'à un certain niveau social, on ne divorçait pas", a ajouté Me Debuisson avant l'ouverture des débats. M. Viguier avait effectué neuf mois de détention provisoire après sa mise en examen en mai 2000. (belga/th)