L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch a averti lundi que le monde n'avait plus que quelques heures pour empêcher un "bain de sang" au Sri Lanka, où les autorités ont donné un ultimatum aux Tigres tamouls et où l'armée dit continuer à avancer en territoire rebelle.
Les forces armées du Sri lanka avancent sur la zone encore aux mains des rebelles tamouls et l'exode de milliers de civils de cette dernière portion de territoire se poursuit, ont annoncé mardi les autorités de l'île.
"Nous craignons que ce ne soit un bain de sang", a déclaré Anna Neistat, une responsable de Human Rights Watch basée aux Etats-Unis, ajoutant que la communauté internationale n'avait que quelques heures pour "dire clairement aux deux parties en conflit, soit à la fois les LTTE et le gouvernement sri-lankais, qu'ils ne se sortiraient pas indemnes" de cette situation.
La communauté internationale devrait dire "que les pertes inutiles et illégales de vies civiles seront considérées comme des crimes de guerre et que les dirigeants, y compris les commandants, en seront tenus responsables", a dit Mme Neistat qui s'exprimait devant la Brookings Institution, un centre de réflexion de Washington.
Des troupes de l'armée au sol ont réussi à couper en deux la mince bande de terre de 15km2 dans le nord-est du pays toujours contrôlée par les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), a indiqué mardi le ministère de la Défense.
"La 58e division de l'armée de terre sri-lankaise est entrée ce matin dans les (bourgades) de Putumathalan et Amapalavanpokkanai" dans une zone censée être démilitarisée mais de facto tenue par la guérilla, selon le ministère. Dans le même temps, la fuite de milliers d'habitants tamouls de ces régions continuait mardi.
"Nous avons enregistré 39.081 personnes qui sont arrivées hier", lundi, a déclaré le porte-parole de l'armée, le général Udaya Nanayakkara. "Des civils continuent de passer de notre côté aujourd'hui aussi", a affirmé l'officier.
Le président sri-lankais Mahinda Rajapakse avait annoncé lundi, vidéos à l'appui, l'exode de plus de 35.000 civils tamouls fuyant la dernière zone de 15 km2 encore sous l'emprise du LTTE, accusé de se servir de 70.000 à 100.000 habitants comme "boucliers humains". µ
C'est apparemment le "sauvetage" par l'armée de 5.000 Tamouls ce week-end dans le département de Mullaittivu qui a provoqué l'exode soudain de 35.000 autres débordant la dernière ligne de défense de la guérilla. Colombo avait alors donné au chef suprême du LTTE, Velupillaï Prabhakaran, et à ses lieutenants 24 heures pour se rendre, soit jusqu'à 06H30 GMT ce mardi, sans dire ce qui se passerait s'ils ne s'y pliaient pas.
Jaliya Wickramasuriya, l'ambassadeur du Sri Lanka auprès des Nations unies, a indiqué de son côté que la priorité du gouvernement était la sécurité des civils.
"Nous n'allons pas entreprendre une énorme opération en tant que telle", a-t-il dit, ajoutant: "nous sommes toujours inquiets pour les civils". Velupillaï Prabhakaran est invisible depuis 18 mois et le LTTE est acculé sur une poche de 15 km2, accusé de retenir "comme boucliers humains" entre 70.000 et 100.000 habitants tamouls.
Au moins 2.800 civils ont péri dans des violences perpétrées par les belligérants depuis le 20 janvier, selon l'ONU. Au terme de 37 ans de guerre et au prix de dizaines de milliers de morts, le Sri Lanka --très attaché à sa souveraineté-- rejette systématiquement les appels internationaux et ceux du LTTE à une trêve durable. (afp/chds)


