Trois ONG exclues de Durban
Lundi dernier, le président de l'UEJF, Raphaël Haddad, coiffé d'une perruque bariolée de clown, s'était élancé vers la tribune où s'apprêtait à prendre la parole le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Il avait alors lancé un nez rouge de clown dans sa direction en lui criant "raciste".
L'ONU a pris jeudi des mesures préventives pour éviter de nouveaux débordements lors de la clôture de la conférence de Genève contre le racisme, vendredi. Elle a décidé d'exclure trois ONG avec au total 229 personnes accréditées.
Les trois ONG, deux juives et une iranienne, ont été sanctionnées pour "comportement inacceptable", en claire violation avec les règles de l'ONU, a expliqué un porte-parole de l'ONU Rupert Colville.
Jusqu'ici, 44 badges ont été retirés et au total 229 participants annoncés se sont vus interdits d'accès.
"Après l'examen du comportement de ces ONG et compte tenu du risque de nouvelles manifestations perturbatrices d'ici la fin de la conférence, la Haut Commissaire aux droits de l'homme a décidé de retirer toutes les accréditations de ces trois ONG pour le reste de la conférence", a précisé le porte-parole.
La mesure frappe avant tout l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), qui a mené des "efforts orchestrés pour perturber la conférence". L'ONG avait accrédité 194 personnes à elle seule. Lundi dernier, le président de l'UEJF, Raphaël Haddad, coiffé d'une perruque bariolée de clown, s'était élancé vers la tribune où s'apprêtait à prendre la parole le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Il avait alors lancé un nez rouge de clown dans sa direction en lui criant "raciste". Une autre manifestation avait eu lieu mardi.
L'ONG française Coexist (22 militants enregistrés pour la conférence), associée à l'UEJF dans la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, a également été interdite d'accès au Palais des Nations jusqu'à la fin de la conférence.
Enfin, l'organisation iranienne négationniste Neda Institute for Political and Scientific Research (13 militants enregistrés) a été retirée de la liste des ONG accréditées.
La journée de jeudi a permis aux ONG de s'exprimer devant la conférence. Beaucoup d'entre elles ont exprimé leur frustration sur le déroulement et les résultats de la conférence de Genève.
Des ONG arabes ont ainsi protesté contre "la campagne massive de diabolisation» de la conférence. Le représentant de la commission arabe des droits de l'homme à Genève, Hani Abdel Wahab a dénoncé "les dérapages venus de l'autre côté". "Ils ont voulu prendre leur revanche de Durban", en septembre 2001, conférence marquée alors par des manifestations antisémites.
Il a souligné qu'aucun débordement n'a eu lieu à Genève à l'initiative d'ONG arabes ou pro-palestiniennes. Elles ont d'ailleurs été dissuadées de participer, par manque de soutien politique et financier.
La présidente de la Commission arabe des droits de l'homme Violette Daguerre a dénoncé "les pressions inadmissibles" du secrétariat de la conférence pour que la question de la Palestine ne soit pas mentionnée. Un segment où cinq ONG de la société civile - dont la sienne, mais aussi les Dalits - devaient s'exprimer après le débat général a été supprimé, a-t-elle dit.
"Nous sommes frustrés", a déclaré la présidente. "Non seulement la question palestinienne a été évacuée du texte de la déclaration finale, mais nous avons été empêchés de parler", a-t-elle également regretté.
Plusieurs ONG se sont par ailleurs offusquées du fait que le document final ait été adopté à la hâte mardi, avant même que la société civile puisse s'exprimer. D'autres ont critiqué l'absence de plusieurs pays importants à la conférence (Etats-Unis, Canada, et cinq pays européens notamment) et les ont appelés à revoir leur attitude. (belga)