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Les talibans progressent au Pakistan, Washington inquiet

La Pakistan a décidé jeudi d'envoyer plusieurs centaines de paramilitaires pour contrer la progression des talibans dans le nord-ouest du Pakistan, peu après que les Etats-Unis ont exprimé leurs inquiétude sur la capacité d'Islamabad à contrôler la situation. "Nous avons décidé de déployer huit sections" de 40 à 45 soldats chacune, a annoncé à l'AFP le commandant de la gendarmerie pakistanaise des frontières, Zafarullah Khan.

Dans la journée la présence de patrouilles de combattants rebelles lourdement armés à Buner, à environ 100 km d'Islamabad, en dépit d'un récent accord de paix avec le gouvernement, a confirmé la progression des talibans.

Des centaines de ces combattants islamistes circulaient dans le chef-lieu du district, équipés d'armes légères et de lance-roquettes, et ont établi des barrages filtrants sur les principaux axes, a témoigné pour l'AFP Karim Babak, un ancien député provincial, confirmant des témoignages policiers. "Ils ont instauré le règne de la terreur et c'est la panique dans la population locale", a-t-il insisté.

Un policier a d'ailleurs été tué et un autre blessé quand des hommes armés ont ouvert le feu sur leur véhicule, a indiqué un officier, Syed Azhar. "Des responsables du gouvernement provincial sont en train de discuter avec les talibans et nous espérons qu'ils vont bientôt cesser leurs patrouilles", a plaidé Rasheed Khan, démentant la presse locale qui affirme que chefs de la police et de l'administration ont fui Buner.

En février, les combattants radicaux avaient pris le contrôle de la vallée de Swat, conduisant Islamabad à conclure en février un cessez-le-feu en échange de l'instauration de tribunaux islamiques dans la région.

Les talibans devaient déposer les armes mais ne l'ont jamais fait, profitant du cessez-le-feu pour pousser leur avantage et avancer sur le terrain.

La communauté internationale, les Etats-Unis -- qui avait déjà dénoncé une "capitulation" à propos de Swat -- en tête s'inquiète désormais à voix haute de la capacité du gouvernement de la seule puissance militaire nucléaire du monde musulman à endiguer l'avance de ces combattants parfois liés à Al-Qaïda et aux talibans de l'Afghanistan voisin.

Mercredi, la chute de Buner a provoqué de nouvelles réactions hostiles de Washington, dont Islamabad est l'allié-clé depuis fin 2001 dans sa "guerre contre le terrorisme".

La secrétaire d'Etat Hillary Clinton s'est alarmée de "la menace pour l'existence de l'Etat du Pakistan que représente la progression continue des talibans", et redouté qu'ils ne soient un jour à même de "prendre le contrôle" de cet "Etat nucléaire". Le ministre américain de la Défense, Robert Gates, a lui exhorté le Pakistan à prendre les mesures nécessaires pour neutraliser la menace talibane.

Mercredi, le porte-parole des talibans de Swat, Muslim Khan, s'était engagé à étendre l'application stricte de la charia à la totalité du pays. "Depuis une mosquée, les talibans ont annoncé qu'ils ne toléreraient plus aucune activité contraire à l'islam à Buner", a également témoigné au téléphone un habitant, resté anonyme par peur des représailles. "Des écriteaux placardés chez les coiffeurs interdisent aux hommes de raser leurs barbes", a-t-il assuré.

"La police n'a plus aucun pouvoir et semble avoir cédé le contrôle aux talibans qui font ce qu'ils veulent en ville", a confirmé un avocat de Buner, Shams Buneri. Les tribunaux ont fermé leurs portes après que les islamistes eurent menacé avocats et magistrats, a renchéri un de ses pairs, Badiuz Zaman. "J'ai vu des écriteaux interdisant aux femmes de se rendre au marché", a assuré un habitant, Abdur Rehman.

Même les responsables locaux des dispensaires et hôpitaux ont dû demander à leur personnel féminin de rester à la maison, a assuré Masood Ahmad Khan, un fonctionnaire du ministère provincial de la Santé.(belga/vs)
23/04/09 22h01
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