La parole des Tutsis est confisquée dans certains villages congolais

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Par: rédaction
30/11/07 - 15h46
Laurent Nkunda, Tutsi natif du Nord-Kivu, se pose en défenseur de sa communauté.

Dans les villages de l'est de la République démocratique du Congo sous contrôle des troupes du général déchu tutsi congolais Laurent Nkunda, les habitants tutsis évitent de parler à la presse, laissant ce soin à leurs protecteurs. A Mushake, localité du Nord-Kivu située à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de la capitale provinciale Goma, seule une centaine de familles est restée après des combats entre armée et insurgés en octobre.

Protection
Le Congrès national pour la Défense du Peuple (CNDP, le mouvement politico-militaire de Nkunda) assure "la protection" de ces civils, autour d'un petit marché où ne se vendent plus que quelques pommes de terre et un peu de charbon. Les vendeuses regardent en silence les visiteurs, immédiatement pris en charge par les sentinelles en civil du CNDP, selon qui l'armée cherche à affamer la population après avoir "bombardé" les villages.

"Depuis qu'on a commencé la guerre, c'est le CNDP qui sécurise la population", dit Edson Munyakarambe, qui se présente comme le chef de la localité, mais que l'AFP a déjà vu parmi des cadres du CNDP dans une base de Nkunda. "Les Interahamwe (miliciens hutus rwandais) nous menacent. Nous voyons que le gouvernement continue à les appuyer. Ces gens-là veulent continuer le sale travail qu'ils ont commencé au Rwanda. On attend depuis 1994 qu'on les chasse du Congo", affirme-t-il.

6000 rebelles hutus
Tutsi natif du Nord-Kivu, Nkunda se pose en défenseur de sa communauté contre les 6.000 (selon l'ONU) rebelles hutus rwandais stationnés en RDC et dont certains ont participé au génocide rwandais de 1994, essentiellement dirigé contre les Tutsis. "Sur les 450 ethnies vivant au Congo, ce sont les Tutsis qu'on veut empêcher de vivre en paix. Mais le Congo n'aura pas la paix tant qu'on n'aura pas pris l'initiative de chasser les Interahamwe", prévient M. Munyakarambe.

Mushake est tenu par les insurgés depuis le début des combats au Nord-Kivu, fin août, entre les forces armées (FARDC), qui y ont massé plus de 20.000 hommes, et quelque 4.000 soldats ralliés à Nkunda. Après la vaine tentative des FARDC de reprendre ce village en octobre, la Mission de l'ONU en RDC (MONUC) a installé non loin une base mobile. De vrais bergers et de faux civils gardent des vaches devant le camp des Casques bleus indiens. "Je suis venu pour recharger la batterie (de téléphone) de mon chef", reconnaît un jeune nkundiste en civil.

Casques bleus
Les Casques bleus sont parvenus à imposer au CNDP de lever ses barrages illégaux sur la route et de laisser le trafic reprendre après des semaines de blocus menaçant d'asphyxier Goma. Ils se savent épiés, mais espèrent que leur présence empêchera une reprise des hostilités avec les FARDC, dont les premiers postes sont à moins d'un kilomètre. Certains observateurs doutent cependant de l'impact de ces déploiements onusiens. A Kirolirwe, un des bastions de Nkunda plus au nord, la MONUC a aussi installé une base mobile près de camps de déplacés abritant 14.000 civils, très majoritairement tutsis. "Cela n'a pas empêché Nkunda d'aller dans un de ces camps il y a deux jours, pour encourager les déplacés à se rapprocher de sa base", a déclaré un responsable d'ONG sous le couvert de l'anonymat. Des agences humanitaires craignent que ces déplacés tutsis ne soient pris entre deux feux dans des combats, ou pire, utilisés comme "boucliers humains" par le CNDP.

A Mushake, les rares habitants interrogés disent ne vouloir que "la sécurité", comme leurs concitoyens. "Mais eux (les Tutsis) vivent dans une angoisse terrible, dit un humanitaire, parce qu'ils restent convaincus que Kinshasa ne les protégera jamais". (belga)

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