"C'est la conception de l'Europe que j'ai toujours défendue et dont j'espère toujours qu'elle dépassera les clivages nationaux et les logiques partisanes. C'est la conception du gouvernement auquel j'appartiens (...)."
Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, ex-socialiste dans un gouvernement de droite, s'est retrouvé pris dans une controverse politique en donnant l'impression d'hésiter à voter pour son nouveau camp au prochain scrutin européen.
"C'est la conception de l'Europe que j'ai toujours défendue"
Egalement chargé des Affaires européennes, le ministre a dû s'y reprendre à deux fois, lundi, pour assurer dans deux communiqués de sa loyauté à Nicolas Sarkozy. Il l'avait rejoint dès 2007 et est devenu le symbole de l'ouverture à gauche du président français. Attaché à "une Europe politique forte capable de peser sur les évolutions du monde", l'ancien "French doctor" a affirmé dans son deuxième texte que telle était la vision de Nicolas Sarkozy.
"C'est la conception de l'Europe que j'ai toujours défendue et dont j'espère toujours qu'elle dépassera les clivages nationaux et les logiques partisanes. C'est la conception du gouvernement auquel j'appartiens (...). C'est naturellement celle que je soutiens aujourd'hui et que je soutiendrai le 7 juin", précise le ministre. Samedi, alors que son secrétaire d'Etat Bruno Le Maire lançait une campagne nationale incitant les Français à voter, Bernard Kouchner s'était montré indécis sur son choix. Interrogé par le quotidien Le Parisien/Aujourd'hui en France, il avait répondu: "J'attends de voir les programmes!"
Le cul du "French doctor" entre deux chaises
Cette déclaration a suscité une vive polémique entre l'UMP (parti de M. Sarkozy) et le Parti socialiste, le premier assurant que son vote irait bien à ses listes, le second ironisant sur "un concessionnaire qui hésiterait à vous accompagner dans la voiture qu'il vous vend". Dans son premier communiqué, Bernard Kouchner a fait valoir qu'il oeuvrait depuis deux ans au service de Nicolas Sarkozy. "Des propositions précises seront rendues publiques en ce début de semaine. Ce sont celles-ci qui, naturellement, m'inspireront", avait-il ajouté.
Dans son deuxième texte, précisant clairement sa position, l'ex-député européen de 1994 à 1997 reconnaît que son interview "a suscité des incompréhensions", que ses premiers propos "n'ont pas suffi à clarifier". Car entre-temps, la polémique en France a redoublé, même si le chef du gouvernement François Fillon s'est dit sans inquiétude.
"Emblématique"
Le chef de file de l'UMP pour les élections du 7 juin, Michel Barnier, a ainsi déclaré "avoir fait porter, il y a près de trois jours", à Bernard Kouchner, le programme de la majorité présidentielle. "En faisant la comparaison avec l'absence de programme du Parti socialiste qui n'a comme seul projet que de critiquer, je pense qu'il n'aura pas beaucoup à attendre pour s'engager avec nous", a-t-il dit à la radio Europe 1.
Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste et eurodéputé, a jugé de son côté sur la chaîne de télévision LCI "assez emblématique" que le ministre ne veuille "même pas voter pour le programme élaboré par Nicolas Sarkozy et ses amis".
Kouchner très populaire en France
Depuis deux ans, Bernard Kouchner, très populaire en France, a suscité plusieurs controverses, tout en étant jugé globalement en phase avec les grandes orientations étrangères de Nicolas Sarkozy. En décembre 2008, le fondateur de Médecins sans frontières (MSF) avait semé le trouble en affirmant que l'existence d'un secrétariat aux Droits de l'Homme, confié à la populaire Rama Yade, était une "erreur".
En novembre 2007, il avait eu du mal à masquer son malaise lors de la réception en grande pompe à Paris du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi par Nicolas Sarkozy. Un ministre des Affaires étrangères doit savoir "avaler son chapeau", avait-il confessé. Peu après, il avait affirmé qu'une réélection du maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, "ne lui déplairait pas", provoquant des remous dans le camp présidentiel. (belga/th)


