Un référendum sur le passeport biométrique exigé par les accords de Schengen auxquels la Suisse a adhéré en décembre, réveille les craintes de fichage dans la Confédération helvétique encore marquée par un énorme scandale de fiches de police dans les années 90.
Le scandale des fiches de police encore dans les mémoires
Les Suisses doivent se prononcer dimanche sur la mise en place dans la Confédération helvétique du passeport biométrique comme le prévoient les accords qui annulent les contrôles d'identité à l'intérieur de l'espace regroupant 25 pays d'Europe. Ce vote populaire a été initié par la gauche pour tenter d'annuler la loi votée en 2008 par le Parlement, instaurant le passeport à puce dans la Confédération.
La mise en place du nouveau document lui-même qui regroupe outre une photo, les empreintes digitales de leur titulaire ainsi que d'autres éléments de sécurité destinés à combattre la contrefaçon, ne pose pas tant de problèmes aux opposants. L'objet de leur courroux est l'ajout dans la loi de la centralisation des informations et notamment des empreintes digitales sur un fichier général.
Crainte d'une utilisation abusive
"C'est ce qui nous pose un problème majeur", explique un porte-parole du Parti socialiste suisse Jean-Yves Gentil. "Ces données vont être conservées sans que l'on sache ce qu'elles vont devenir", ajoute-t-il, craignant avant tout leur "utilisation abusive". "Davantage que le détournement frauduleux des informations qu'elles contiennent, c'est l'extension progressive de leur utilisation qu'il faut redouter", souligne encore le quotidien Le Temps (centriste).
L'affaire est d'autant plus sensible que la Suisse reste traumatisée par le souvenir d'un scandale révélé au début des années 90: "l'affaire des fiches". Les Suisses avaient alors découvert avec stupeur que la police helvétique établissait des fiches de renseignements depuis des décennies sur toute personne "susceptible de nuire à la sécurité de l'Etat".
"Pourquoi revenir à cet Etat fouineur?"
En clair, tous ceux qui n'étaient pas en ligne avec la politique dominante, à savoir les "gauchistes, syndicalistes ou encore militants anti-nucléaires" étaient surveillés, rappelle M. Gentil qui lui-même a eu sa fiche pour avoir manifesté avec des mouvements de gauche. "Ce fut un vif traumatisme", ajoute le responsable politique s'interrogeant: "pourquoi revenir à cet Etat fouineur?"
Les partis de droite se défendent et assurent que l'Etat n'a aucunement l'intention de se transformer en "Big Brother". "Les autorités n'ont pas la volonté de se transformer en un Etat policier", fait valoir Léonard Bender, du Parti libéral-radical (PLR, droite).
"Les garde-fous sont suffisants"
"En Suisse, l'Etat n'est pas centralisé et le peuple a toujours le dernier mot", avance encore M. Bender rappelant que la Constitution helvétique permet des référendums sur n'importe quelle question à partir du moment où une pétition comprenant 50.000 signatures le réclame. Au total, assure-t-il, "les garde-fous sont suffisants".
Malgré tout, la question du fichier, qui n'est pas réclamé dans le cadre de Schengen, fait planer un doute sur l'issue du scrutin. Selon le dernier sondage en date du 6 mai, le oui ressort à 49% contre 37% aux opposants tandis que le nombre d'indécis demeurait encore élevé avec 14% des sondés.
En cas de non, les autorités suisses devront très rapidement reformuler leur loi en l'expurgeant du fichier car selon les accords partis de cinq membres de la communauté européenne le 14 juin 1985, la Confédération doit passer au passeport biométrique au plus tard le 1er mars 2010. (belga/th)


