En cas d'une majorité de "OUI", le peuple vénézuélien accorderait les pleins pouvoirs à Hugo Chavez.
Vu l'enjeu, la population était partagée, rendant difficile quelconque prévision.
Les bureaux de vote ont officiellement fermé.
Un suspense total régnait dimanche au Venezuela, où un référendum crucial sur la réforme constitutionnelle du président Hugo Chavez , visant à renforcer ses pouvoirs et à instaurer un Etat socialiste, n'a pas encore livré son verdict.
En cas d'approbation, cette réforme qui divise profondément la population, accorderait à ce dirigeant anti-américain de 53 ans, le droit de se présenter à la présidentielle sans limite de mandats, ainsi que la capacité à censurer la presse en cas de crise. Elu depuis 1999 à la tête de ce riche pays pétrolier, ce proche allié de Cuba et de l'Iran entend en outre imposer un modèle collectiviste, prévoyant la fin de l'indépendance de la Banque centrale et l'interdiction des privatisations. La présidente du Conseil national électoral (CNE), Tibisay Lucena, a annoncé en fin d'après-midi la fermeture officielle des bureaux de vote, tout en laissant la possibilité aux centres débordés par les files d'attente de poursuivre le vote. "Une fois de plus, le Venezuela a montré au monde entier qu'il était un pays démocratique", a déclaré Mme Lucena, en se félicitant de la forte participation et du bon déroulement du scrutin.
Sans donner de délai, le CNE a précisé que les premiers résultats ne seraient diffusés qu'après la fermeture, avertissant que la publication de projections électorales étaient interdite. Ancien officier putschiste, M. Chavez, qui n'a encore jamais perdu le moindre scrutin, s'est engagé à respecter le verdict des urnes "quel qu'il soit" et a exhorté ses opposants à en faire de même. Aucun incident notable n'a été signalé durant le scrutin, qui s'est tenu sous la surveillance de plus de 100.000 soldats, après une campagne émaillée de nombreux incidents. Une polémique avait toutefois été lancée dans certains bureaux de vote, où l'indébilité de l'encre apposée sur le doigt des électeurs pour les empêcher de voter plusieurs fois a été mise en doute, un soupçon rejeté par l'autorité électorale. Aucune mission de l'Union européenne ou de l'Organisation des Etats américains n'a été envoyée pour superviser les opérations de vote effectuées par machines automatiques, le gouvernement ayant préféré d'autres observateurs internationaux, choisis par la majorité et l'opposition.
Le port d'armes, ainsi que les manifestations à caractère politique, ont été interdits à l'occasion du référendum dans ce pays, où le taux d'homicides par arme à feu est l'un des plus élevés au monde. Les détracteurs du régime cultivent l'espoir d'infliger à M. Chavez sa première défaite électorale, même si ce dernier n'a pas remis en jeu, en cas de défaite, son mandat actuel, prévu jusqu'en 2013. Lors de son vote, Doris Gordonne, 47 ans, a expliqué qu'elle rejetait la réforme car elle voulait "la démocratie et pas un président à vie". "Le socialisme n'est pas un avenir pour mes enfants", avait-elle ajouté. Ce n'était pas l'avis de Ruben Gonzalez, gardien dans un collège. "J'admire Chavez pour tout ce qu'il a fait pour les pauvres", a confié cet hom me de 43 ans. Ancien électeur de M. Chavez, Carlos Fuente, employé bancaire de 33 ans, a pourtant choisi le "non", afin de ne "pas concentrer le pouvoir dans les mains d'un seul homme".
Le régime mise sur le charisme personnel de l'actuel président, qui a bâti sa popularité dans les quartiers pauvres grâce aux programmes sociaux financés par la manne pétrolière, pour surmonter un mouvement de contestation sans précédent. Selon le politologue Tulio Hernandez, professeur à l'Université centrale du Venezuela, "les gens n'ont jamais voté pour son projet socialiste mais parce que Chavez incarne cette tradition latino-américaine du sauveur". (afp)


