Ingrid Betancourt, l'icône déchue?

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Par: rédaction
1/07/09 - 22h06

Elle fut l'auteur d'un best-seller avant de devenir le symbole de la souffrance des otages. Adulée, proposée pour le Prix Nobel de la paix, Ingrid Betancourt fait face depuis sa libération à de vives critiques, jugées injustes par ses partisans qui louent encore son "courage".

Jusqu'à fin 2008, la Franco-Colombienne a profité de sa liberté après six ans aux mains de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) pour parcourir le monde à la rencontre de dirigeants. Elle a été reçue par le Parlement européen, le pape, et de nombreux chefs d'Etat en Amérique latine, dont Alvaro Uribe, pendant un voyage éclair de 24 heures fin novembre en Colombie.

Elle a également fait la Une des magazines people et s'est vu remettre de multiples honneurs, comme le Prix Prince des Asturies de la Concorde 2008, l'une des récompenses les plus prestigieuses en Espagne.

Contre la corruption
Au fil des ans, cette ancienne candidate à l'élection présidentielle colombienne, était devenue hors de son pays une icône, qui avait commencé à se faire connaître avant même son enlèvement le 23 janvier 2002, par un best-seller, La Rage au coeur, où elle dénonçait notamment la corruption de la classe politique colombienne.

"Je faisais partie des milliers de lecteurs impressionnés par le courage de cette femme qui a dénoncé la corruption et souhaitait la fin du conflit", déclare Hervé Marro, vice-président de l'ancien comité de soutien à Ingrid Betancourt (CSIB).

"Grâce à Ingrid Betancourt le problème des otages en Colombie a été connu dans le monde entier", ajoute Adair Lamprea, qui fut le directeur logistique de sa campagne et l'un des militants les plus actifs pour sa libération. Pour lui, son enlèvement et la médiatisation qui a suivi n'ont pas été inutiles.

Erreur
En Colombie, elle ne fut pourtant jamais la Jeanne d'Arc décrite à l'étranger. Elle avait avant son enlèvement une image "people et opportuniste" qui s'était effacée pendant sa captivité et qui a ressurgi", selon Fabian Sanabria, directeur de la Faculté de sociologie de l'Université nationale de Colombie.

"A sa libération il y a eu une énorme ferveur, mais le pire méfait qu'elle ait commis est de ne pas être restée en Colombie. Les gens se sont sentis offensés, c'est 'la rage au coeur' des pays pauvres", ajoute-t-il. Vers la fin de l'année 2008 son image a aussi été ternie hors de son pays d'origine.

Arrogance
Les salves les plus blessantes sont venues de certains de ses compagnons de captivité, libérés comme elle le 2 juillet 2008 lors de l'Operation "Jaque" ("échec et mat") de l'armée colombienne. En mars, les Américains Keith Stansell, Marc Gonsalves et Tom Howes, ont signé un livre, Out of captivity, dans lequel ils évoquent son "arrogance" et son "égoïsme".

Un mois plus tard, Clara Rojas, son ancienne directrice de campagne, faisait part de son amertume dans un autre ouvrage, Captive, où elle l'accusait de ne pas avoir été la soeur qu'elle espérait. Pour Hervé Marro, ces livres ont été publiés par "des éditeurs charognards qui poussent la plume pour faire du chiffre".

"Il y a des choses qui devaient rester dans la jungle", estime aussi Adair Lamprea, qui défend le droit de la Franco-colombienne à se "reposer et à "ne pas participer à des actions". Ingrid Betancourt dira peut-être sa vérité dans le livre qu'elle prépare sur ses six ans aux mains d'une des plus importantes guérillas d'Amérique latine. (afp)

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