Pas de cérémonie autorisée pour les manifestants tués en Iran
Les autorités iraniennes n'ont pas autorisé l'opposition à organiser une cérémonie de deuil pour les personnes tuées lors des manifestations contre la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad, a dit mardi un responsable du ministère de l'Intérieur cité par l'agence Fars.
En signe d'apaisement de la situation politique, le guide suprême iranien Ali Khamenei avait ordonné mardi la fermeture d'un centre où sont détenus des manifestants arrêtés depuis le début du mouvement.
Le numéro un iranien "a ordonné la fermeture d'un centre de détention qui ne respecte pas les normes nécessaires au respect des droits des accusés", a annoncé le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, Saïd Jalili, cité mardi par les médias iraniens. L'ayatollah Khamenei "a donné l'ordre aux responsables pour qu'aucune injustice ne soit commise contre les gens (...) et d'agir contre toute violation de la sécurité, la vie et les droits des gens", a ajouté M. Jalili.
Ce centre est situé à Kahrizak, dans le sud de Téhéran, a précisé à l'agence Mehr le député Kazem Jalali, porte-parole de la commission parlementaire sur la situation des détenus, sans indiquer le nombre de prisonniers.
Selon un bilan officiel, 300 personnes sont actuellement détenues sur les quelque 2.000 arrêtées dans les manifestations contre la réélection le 12 juin du président Ahmadinejad. Au moins 20 personnes ont également été tuées depuis le début de la contestation.
L'ordre du guide suprême intervient à la suite de la création de deux commissions, parlementaire et judiciaire, chargées d'évaluer la situation dans les prisons et de libérer ceux dont le maintien en détention n'est pas justifié. La question des "disparus" sera aussi examinée, a précisé le député Hossein Sobhani-Nia.
L'opposition avait réclamé à plusieurs reprises la libération des manifestants arrêtés. Cette demande a été reprise par l'ex-président iranien, Akbar Hachémi Rafsandjani, qui a déploré les arrestations massives après le scrutin présidentiel. L'Union européenne s'est dite également "très préoccupée" par la situation des détenus. Pour sa part, le président du Parlement, Ali Larijani, a demandé que les prisonniers,"en particulier les étudiants et les universitaires", soient traités "dans le respect de la justice et de la compassion islamique". Il a aussi demandé que les personnes arrêtées soient "libérées" dans la mesure du possible pour éviter toute "exploitation" par les ennemis du régime.
Le pouvoir s'est aussi défendu mardi d'être responsable de la mort en prison de quatre personnes arrêtées lors des troubles, selon la presse. Deux jeunes manifestants, identifiés comme Mohsen Ruholamini et Mohammad Kamrani, sont morts de méningite, a affirmé le chef des prisons de la province de Téhéran, Sohrab Soleimani, niant qu'ils aient été frappés. Ruholamini a été "pris d'un malaise" lors de son transfert à la prison d'Evine et admis à l'hôpital où il est décédé, a-t-il expliqué. Quant à Kamrani, il est "mort le lendemain de sa libération, également de méningite. Et les médecins l'ont certifié", a-t-il souligné. Cette thèse avait été balayée dès lundi par le chef de l'opposition, Mir Hossein Moussavi, qui s'était demandé pourquoi Ruholamini "avait les dents cassées s'il était mort d'une méningite?".
Parallèlement, le Parlement a déposé en urgence une proposition de loi sur la transformation de quatre vice-présidences en ministères, avec pour objectif de contrôler davantage le gouvernement. Ce texte est consécutif au tollé provoqué dans le camp conservateur par la nomination par M. Ahmadinejad d'un de ses proches, Esfandiar Rahim Mashaie, au poste de premier vice-président. Le président a été contraint de le démettre sur ordre du guide suprême. Au contraire des vice-présidents, les ministres doivent obtenir la confiance des députés, qui craignent une concentration du pouvoir dans les mains de M. Ahmadinejad. (afp)