Colonna: ''Je reste ce que je suis, un patriote corse''

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Par: rédaction
8/12/07 - 11h25

"Je reste ce que je suis, un patriote corse": Yvan Colonna a refusé vendredi de renier ses convictions ou de condamner l'assassinat du préfet Claude Erignac, dont il est accusé, tout en répétant qu'il n'avait "jamais tué personne".

Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, a nié vendredi avoir tenté d'influencer le témoignage de l'ancien chef de la police antiterroriste Roger Marion, témoin au procès d'Yvan Colonna, affirmant l'avoir reçu parce qu'il s'inquiétait de menaces téléphoniques "à l'accent corse".

M. Guéant était cité devant la cour d'assises spéciale de Paris par la défense d'Yvan Colonna, accusé d'avoir assassiné le préfet de Corse Claude Erignac le 6 février 1998. "Je subodore une subornation de témoin", a lancé Me Antoine Sollacaro, l'un des quatre avocats d'Yvan Colonna. "Je n'ai en aucune façon influencé le témoin", a répliqué M. Guéant, soulignant que cette rencontre de 20 minutes avait eu lieu le 19 octobre, et que le procès du berger corse n'y avait été que brièvement évoqué, en fin d'entretien, sans aborder le fond.

Les avocats de l'accusé citaient un article de l'hebdomadaire Le Point, daté du 8 novembre, affirmant que M. Guéant avait convoqué à l'Elysée l'ancien chef de la division nationale antiterroriste (DNAT) Roger Marion, qui a conduit un temps l'enquête sur l'assassinat du préfet, et a à ce titre déposé au procès d'Yvan Colonna. M. Marion, aujourd'hui préfet hors-cadre, avait pris rendez-vous via "mon secrétariat", parce qu'il "était ému par des menaces qui lui étaient parvenues sur sa messagerie de portable, qu'il considérait sérieuses et dont la voix était marquée de l'accent corse", a expliqué M. Guéant, précisant que M. Marion n'avait pas souhaité porté plainte.

Le secrétaire général de l'Elysée a estimé qu'il s'agissait là d'une "demande tout à fait naturelle" et qu'il n'y avait "rien de suspect ni d'anormal" à recevoir un "ancien collaborateur" dont il a vanté "le remarquable travail de policier". Prenant la parole une dernière fois avant le transport de la cour d'assises spéciale en Corse dimanche, le berger de Cargèse a expliqué qu'il ne pouvait pas répondre à la "question perverse" de l'avocat de la veuve du préfet, Me Philippe Lemaire, qui lui demandait ce qu'il "pensait" de l'attentat.

"Quoi que je dise, on ne pourra pas donner d'interprétation saine à la réponse que je peux faire. Si je condamne, on va dire que je suis calculateur et menteur. Et si je dis qu'au-delà du drame humain, il faut comprendre l'acte politique, on va dire que j'essaie de me justifier, que je suis auteur et co-auteur" de l'assassinat le 6 février 1998, a-t-il expliqué. "Je n'ai jamais tué personne et a fortiori M. Erignac", a-t-il immédiatement ajouté, ce qui n'a pas convaincu les avocats des parties civiles, comme Me Benoît Chabert pour qui "un innocent ne s'exprime pas comme M. Colonna", ou Me Lemaire, selon qui "Mme Erignac n'a pas eu de réponse à ses questions".

L'accusé a été longuement confronté à une lettre, écrite pendant sa cavale de plus de quatre ans et publiée en janvier 2001 dans la presse. "La violence en Corse, y déclarait-il, pour moi ce sont des actes de résistance face à une politique de négation de notre peuple et de nos droits". "Je n'ai jamais fait l'apologie de la violence", se défend aujourd'hui l'accusé, qui "ne regrette pas" pour autant d'avoir écrit cette lettre. La résistance, "c'est un terme très général qui s'applique à beaucoup de choses : parler corse à mon fils, c'est de la résistance. Je n'ai jamais participé à un acte de résistance violente. Je n'ai jamais été un résistant mais un patriote corse recherché", insiste-t-il.

"J'ai maintenu ma position de principe... Si j'avais changé d'avis et des remarques à faire, je ne les ferais pas dans cette enceinte... Si j'avais des critiques à formuler, je ne le ferais pas devant vous. Ce sont ma cohérence et mes convictions qui me font rester debout après ce que j'ai subi", lance-t-il au président Dominique Coujard, qui disait ne pas le "reconnaître" dans cette lettre "langue de bois". "Et bien je me trompais, je pensais que cette lettre, elle ne pouvait pas être de vous", dit le juge. Peu auparavant, Yvan Colonna explique pourquoi, lors de son interpellation dans une bergerie en juillet 2003, la police a retrouvé dans ses sacs une grenade, un chargeur de pistolet et une cagoule. "Durant quatre ans, je suis passé dans beaucoup d'endroits. On me disait, il faut être armé mais moi je n'ai jamais voulu d'armes... Je ne voulais pas prêter le flanc à une bavure ou une fusillade", se défend-il.

"La grenade, c'est un vieux militant gaulliste de 75 ans qui a insisté pour me la donner... Je l'avais rangée dans mon sac et cela m'était sorti de la tête", dit-il. Le chargeur, c'est quelqu'un qui l'a "oublié". "Après, je le prenais parce que je voulais le rendre. j'aurais dû le jeter", consent-il. Et la cagoule, ce sont les chefs de famille chez qui il se cachait qui lui faisaient parfois porter "parce qu'ils ne voulaient pas que je sois reconnu par les femmes et les enfants".

"Rendez-vous 09H30 dimanche à l'aéroport de Villacoublay", près de Paris, d'où un Transall transportera la cour en Corse, a dit le président en clôturant l'audience. Un peu plus de 500 policiers et gendarmes seront mobilisés dimanche en Corse pour protéger et gérer le transport de la cour d'assises qui juge Yvan Colonna. Auparavant, la direction de l'ordre public et de la circulation de la préfecture de police aura assuré le transfert d'Yvan Colonna de la maison d'arrêt de la Santé à Paris jusqu'à l'aéroport de Vélizy-Villacoublay d'où l'accusé et l'ensemble de la cour d'Assises embarqueront dans un avion spécial pour Ajaccio. (afp)

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