MISE À JOUR
Le colonel libyen Mouammar Kadhafi est arrivé lundi à Paris pour une visite de cinq jours qui déchaîne les critiques jusqu'au sein du gouvernement français, et a été reçu par le président Nicolas Sarkozy qui a annoncé la signature de contrats pour "une dizaine de milliards d'euros".
Le président français, accusé d'avoir sacrifié les principes à la "realpolitik" ou à la "diplomatie du carnet de chèques", a assuré avoir demandé dès ce premier entretien au leader libyen de "progresser sur le chemin des droits de l'Homme", justifiant une fois de plus cette invitation controversée.
"La France reçoit un chef d'Etat qui a choisi de renoncer définitivement à la possession de l'arme nucléaire (...) de rendre les stocks (d'armes de destruction massive) de renoncer définitivement au terrorisme (...) de libérer les infirmières bulgares détenues pendant plus de huit années", a martelé M. Sarkozy devant la presse.
Il a également vanté des accords économiques "pour l'emploi et la croissance des Français". Il s'agira notamment, a-t-il dit, "de contrats de collaboration pour une usine de dessalement d'eau de mer avec un réacteur nucléaire, pour une coopération en matière d'armement, différents contrats économiques". Paris fait le forcing pour vendre une dizaine de Rafale, l'avion de combat de Dassault, invendu jusqu'ici à l'exportation.
M. Sarkozy a accueilli son hôte en bas du perron du palais présidentiel de l'Elysée, devant un détachement de la Garde républicaine. Vêtu d'une toge ocre et coiffé d'une toque noire, le colonel Kadhafi est descendu de la limousine blanche qui l'avait amené de l'aéroport d'Orly dans un cortège d'une centaine de véhicules et au milieu d'un dispositif de sécurité exceptionnel. Des tireurs d'élite ont été mobilisés pour assurer la sécurité du "guide" libyen, qui est aussi escorté par des dizaines de membres de sa garde personnelle.
Environ 80 personnes - opposants et partisans du dirigeant libyen - qui tentaient de manifester ont été interpellées lundi à Paris. Une tente, chauffée, a été installée dans le parc de l'hôtel Marigny, résidence officielle où séjourne le colonel Kadhafi, à deux pas de l'Elysée, pour que le dirigeant libyen puisse recevoir ses hôtes, selon la tradition bédouine. Un dîner officiel devait être donné en son honneur lundi soir à l'Elysée. Un deuxième entretien est prévu mercredi avec M. Sarkozy.
Alors qu'une commission parlementaire enquête toujours sur les conditions de la libération des soignants bulgares, en juillet, la visite du dirigeant libyen provoque de nombreux remous, dans l'opposition et au sein même de l'exécutif. Les protestations sont renforcées par le fait que M. Sarkozy avait promis pendant la campagne électorale une "nouvelle" diplomatie, prenant en compte les droits de l'homme.
Rama Yade, la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, a eu des mots très durs: "Notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits". Elle a ensuite atténué la portée de ces déclarations fracassantes, et M. Sarkozy lui a renouvelé sa confiance. L'opposition s'est gaussée des divergences au gouvernement et a dénoncé une visite "indigne de la France", également vivement critiquée par des associations de défense des droits de l'Homme.
La visite du colonel Kadhafi consacre le retour de la Libye sur la scène internationale après des années d'isolement. Tripoli avait commencé à sortir de cet isolement en 2003 après avoir renoncé à développer des armes de destruction massive et indemnisé les victimes des attentats de Lockerbie au-dessus de l'Ecosse (270 morts en 1988) et contre un DC-10 de la compagnie française UTA au dessus du Niger (170 morts en 89).
Au lendemain de la libération des soignants bulgares, M. Sarkozy avait effectué une visite à Tripoli, durant laquelle deux accords de coopération nucléaire et militaire avaient été signés. (afp)


