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En avançant à grandes enjambées dans son programme pour se doter d'une station orbitale permanente, la Chine relève des défis de plus en plus techniques, comble son retard sur la Russie et les Etats-Unis et démontre la fermeté de ses ambitions spatiales, estiment les experts.
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Pour saisir l'ampleur de cette progression, il suffit de se pencher sur l'épopée des Shenzhou ("vaisseau divin"), dont le numéro IX a décollé samedi du désert de Gobi : que de chemin parcouru depuis Shenzhou I (1999), qui s'était envolé sans équipage, ou Shenzhou II (2001), qui n'avait embarqué que des petits animaux.
Depuis, la Chine a envoyé son premier homme dans l'espace (Shenzhou V, 2003), effectué une sortie extra-véhiculaire (Shenzhou VII, 2008) et réussi l'arrimage en orbite d'un module et d'un vaisseau (Shenzhou VIII, 2011).
Avec la mission habitée Shenzhou IX, qui comportera un amarrage piloté manuellement au module Tiangong-1 ("Palais céleste"), un nouveau palier est franchi dans le savoir-faire chinois sur la route des étoiles.
A cela s'ajoute une dimension symbolique et historique forte: Shenzhou IX transporte parmi son équipage de trois spationautes Liu Yang, la première Chinoise à être sortie de l'atmosphère terrestre.
Mais le voyage vers Tiangong-1 et le nouveau rendez-vous avec ce module tournant à grande vitesse autour de la Terre représentent surtout une étape cruciale vers une future station habitée en 2020.
"Il s'agit de la mission spatiale la plus ambitieuse de la Chine jusqu'à aujourd'hui. Elle est plus longue et plus complexe que tout ce qui a été réalisé auparavant", souligne Morris Jones, un expert australien des questions spatiales.
"Cela prouve le sérieux des objectifs à long terme de la Chine dans l'espace", ajoute-t-il.
Si Pékin est bien en train de valider sa carte de membre du club très fermé des grandes puissances spatiales, il ne faut pas oublier le retard pris lors de la Révolution culturelle puis dans les années 1980, où la priorité était donnée au seul développement des satellites.
"Il faudra à la Chine au moins une décennie supplémentaire pour atteindre un niveau comparable à celui de la Russie ou des Etats-Unis dans le domaine des vols spatiaux", affirme M. Jones.
Comme pour son premier vol spatial habité, la Chine se trouve toujours dans une phase de rattrapage technologique en reproduisant des expériences réalisées par les Américains et les Russes dans les années 1960. La capsule Shenzhou est d'ailleurs héritée de véhicules de type Soyouz.
Selon le professeur René Oosterlinck, de l'Agence spatiale européenne (ESA), "les vols habités sont d'abord une question de prestige et un signal vers les citoyens chinois", alors que les satellites sont plus importants d'un point de vue stratégique.
Mais la Chine ne se contente pas de vouloir combler son retard en matière de vols habités.
Dans son dernier Livre blanc sur l'espace, le gouvernement réaffirme sa volonté d'être aussi présent dans d'autres domaines : lanceurs, exploration de l'espace lointain, navigation par satellite et cartographie.
Le système de navigation par satellite Beidou permettra bientôt aux Chinois de se passer du GPS américain. Dès cette année, l'ajout de nouveaux satellites rendra possible une couverture de l'Asie, et de la Terre entière vers 2020.
Ces images à haute résolution serviront aussi les besoins de l'armée, depuis toujours étroitement impliquée dans la longue marche de la Chine vers le ciel.
La Chine est parallèlement engagée dans une course vers la Lune, où elle rêve d'être le premier pays asiatique à poser le pied. Dans le cadre de ce programme nommé "Chang'e", elle a déjà lancé avec succès deux sondes lunaires, en 2007 et 2010.


