La première spationaute sud-coréenne, Yi So-Yeon, a décollé mardi du cosmodrome de Baïkonour (Kazakhstan) vers la Station spatiale internationale avec deux cosmonautes russes. La fusée Soyouz avec à son bord l'étudiante en bio-ingénierie de 29 ans et ses coéquipiers Sergueï Volkov et Oleg Kononenko s'est élancée au-dessus de la steppe à 17H16 locales (11H16 GMT).
La spationaute doit revenir sur terre le 19 avril après avoir réalisé des expériences scientifiques à bord de l'ISS. Yi espère aussi que sa mission soit un facteur de paix entre les Corées du Sud et du Nord. La Corée du Sud, qui a versé 27 millions de dollars (17 millions d'euros) pour la participation de Yi So-Yeon à ce vol, est le 36e pays à envoyer un astronaute dans l'espace.
Alors que la première spationaute sud-coréenne s'est élancée mardi dans l'espace depuis les steppes désertiques du Kazakhstan, une communauté de cette ex-république soviétique suit sa mission avec une émotion particulière: les Coréens déportés par Staline. Si Yi So-Yeon représente tout ce qu'il peut y avoir de jeunesse et d'optimisme dans son pays, les Coréens vivant autour du cosmodrome de Baïkonour témoignent d'une époque de souffrances infligées par le dictateur soviétique Joseph Staline.
"Mon coeur se réjouit ! C'est encore mieux que ce soit une femme. Je regarderai le lancement bien sûr", déclarait la veille Larissa An, patronne du restaurant Ginza qui propose des spécialités coréennes épicées à Baïkonour, le centre des vols habités du programme spatial russe. Des milliers de Coréens ont été exilés vers les plaines arides du Kazakhstan soviétique dans les années 1930, comme plusieurs groupes ethniques massivement déplacés, au nom de la sécurité de l'Etat et au prix de terribles souffrances.
Les Coréens ont été pour la plupart déportés de régions proches de l'actuelle frontière entre la Russie et la Corée du Nord à des milliers de km du Kazakhstan. Nombre d'entre eux étaient des agriculteurs aisés et de ce fait considérés comme des ennemis du socialisme. Baïkonour n'est devenu le centre du programme spatial soviétique que dans les années 1950 mais s'est rapidement transformé en grand pourvoyeur d'emplois.
Mme An, la propriétaire de Ginza, a grandi non loin, dans la ville kazakhe de Kyzylorda où la communauté coréenne est florissante avec son église coréenne, une école et plusieurs écoles maternelles.
Baïkonour continue d'être géré par la Russie malgré l'effondrement de l'URSS et ses habitants sont fiers d'être associés à la conquête de l'espace.
Les Coréens qui y sont établis ont eu une place de choix pour voir une des leurs s'élancer à bord d'un vaisseau russe Soyouz vers la Station spatiale internationale en compagnie de deux cosmonautes russes.
Ce vol a lieu 47 ans après le départ de Youri Gagarine, premier humain dans l'espace, le 12 avril 1961, depuis le même pas de tir. Larissa An n'a jamais été en Corée du Sud mais elle dit parler la langue et respecter les traditions religieuses coréennes. Elle a envoyé son fils dans une école coréenne et est fière de servir de la cuisine coréenne au milieu des immenses steppes kazakhes.
"Nous rêvons de retourner un jour dans le pays de nos ancêtres", dit-elle. La nouvelle du lancement a été suivie aussi de près par les femmes coréennes qui vendent champignons et carottes marinés sur le marché de Baïkonour, où foisonnent les couleurs et odeurs typiques des bazars d'Asie centrale. Beaucoup d'entre elles viennent des villages agricoles qui se sont formés aux alentours.
"Nous sommes très fiers. C'est notre nation après tout", dit une vendeuse âgée de 68 ans au visage buriné voûtée sur son comptoir, refusant de donner son nom alors que deux policiers approchent son étal. "Nous avons été envoyés dans le désert et abandonnés. Nous sommes des victimes de Staline", dit-elle. Les dirigeants de la communauté estiment à 100.000 le nombre de Coréens au Kazakhstan, la plupart dans la capitale économique Almaty et ses alentours. D'autres vivent en Ouzbékistan voisin.
Certains ont connu la réussite après la libéralisation économique qui a suivi la chute de l'URSS dans ce pays riches en ressources naturelles, tel le milliardaire Vladimir Kim qui a fait fortune dans les métaux. "C'est une communauté bien qualifiée. Nous avons notre propre journal, notre radio et notre chaîne de télévision. Nous sommes très unis et nous soutenons notre communauté", a déclaré au cours d'un entretien téléphonique le chef de l'Association coréenne du Kazakhstan, Roman Kim.


