L'Afrique devrait payer le prix fort du réchauffement climatique
L'Afrique paiera le prix fort du réchauffement climatique, a averti mardi le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) dans son rapport annuel. L'agence de l'ONU estime que les inégalités entre pays vont encore être accentuées.
«Le changement climatique va saper les efforts internationaux déployés pour lutter contre la pauvreté», met en garde l'agence de l'ONU. Les progrès pour réaliser les objectifs fixés par l'ONU pour le Millénaire risquent d'être ralentis, puis inversés non seulement pour éliminer l'extrême pauvreté, mais aussi en matière de santé, de nutrition et d'éducation. "Ceux qui ont le plus contribué au problème, les pays riches, ne sont pas ceux qui souffriront le plus à court terme. Ce sont les pays les plus pauvres, qui n'ont pas contribué et ne contribuent toujours pas de manière significative aux émissions de gaz à effet de serre, qui sont les plus vulnérables», souligne le PNUD.
Le changement climatique "touchera de manière disproportionnée l'Afrique subsaharienne", note le rapport. Le PNUD estime que, d'ici 2060, si la température augmente de 2,9 degrés et que les précipitations diminuent de 4 %, le revenu par habitant devrait baisser d'un quart en Afrique subsaharienne. Selon les auteurs de l'étude, sur les 720 millions d'habitants de cette région, de 75 à 250 millions pourraient d'ici 2020 voir leurs conditions de vie compromises par les effets du réchauffement. D'ores et déjà, les enfants nés pendant des périodes de sécheresse, comme par exemple en Ethiopie et au Kenya, souffrent davantage de malnutrition et enregistrent des retards de croissance. Au Niger, les inondations de 2007 ont créé des mares d'eau stagnantes qui ont attiré les moustiques, porteurs de maladies.
Le paradoxe est que les plus pauvres ne produisent pas de gaz à effet de serre. L'Afrique subsaharienne produit moins de dioxyde de carbone (CO2) que l'Etat du Texas à lui tout seul. Pour le PNUD, «nous nous rapprochons de points de basculement, soit d'événements imprévisibles et non linéaires pouvant ouvrir la porte à des catastrophes écologiques, du type de la réduction massive des manteaux glaciaires». "Le changement climatique exige que nous agissions dans les délais les plus brefs pour affronter la menace qui pèse sur deux groupes d'individus possèdant une faible voix sur le plan politique: les pauvres du monde entier et les générations de demain". Pour le PNUD, il est possible cependant de gagner cette bataille.
Le rapport préconise que les pays développés réduisent leurs émissions à effet de serre d'au moins 80 % d'ici à 2050 par rapport aux niveaux enregistrés en 1990 et les réduisent de 30 % dès 2020. Les pays en voie de développement devraient quant à eux diminuer ces émissions de 20 % d'ici à 2050. "Notre objectif de stabilisation est exigeant mais raisonnable. D'ici à 2030, le coût annuel moyen serait de 1,6 % du PIB mondial. C'est un investissement significatif. Mais il représente moins des deux tiers des dépenses militaires mondiales. Le prix de l'inaction serait bien plus élevé", conclut le PNUD dans son étude. (belga)