"La Pologne a poussé les Nazis à la guerre"
Le ministère russe de la Défense s'est attiré une volée de critiques après la publication sur son site d'un article accusant Varsovie d'avoir provoqué la Seconde guerre mondiale en ne cédant pas aux demandes "modérées" des Nazis.
"Toute personne qui a étudié de manière impartiale l'histoire de la Seconde guerre mondiale sait qu'elle a commencé en raison du refus de la Pologne de céder aux revendications allemandes", écrit le colonel Sergueï Kovalev dans ce texte, publié sur le site dans la section "Histoire: contre les mensonges et les falsifications".
Ces demandes nazies "étaient tout à fait modérées", juge M. Kovalev, chef du service de recherche scientifique sur l'Histoire militaire du nord-ouest de la Russie auprès du ministère de la Défense. D'après lui, la Pologne n'aurait pas dû refuser de rendre aux Allemands la ville libre de Dantzig (l'actuelle Gdansk), et la construction de routes via le corridor de Dantzig pour relier Königsberg (Prusse orientale) au reste de l'Allemagne.
"Au nom de la vérité historique, il faut dire qu'une partie importante de l'échec des tentatives de créer un contrepoids à l'agression fasciste repose sur les
petits pays d'Europe", écrit encore le colonel Kovalev. Il explique notamment l'absence en 1939 d'un pacte d'assistance mutuelle entre l'URSS, la France et la Grande-Bretagne contre l'Allemagne par le refus polonais de laisser passer sur son territoire des troupes soviétiques en cas d'agression nazie.
Dès lors, selon l'article, le Kremlin, pour retarder son entrée en guerre, se devait de signer un traité de non-agression avec Hitler. Ce document prévoyait aussi le partage de la Pologne entre les signataires et l'occupation soviétique des pays baltes.
ChocLe ministère polonais des Affaires étrangères a demandé des explications à l'ambassadeur de Russie à Varsovie. Selon le porte-parole du ministère polonais des Affaires étrangères, Piotr Paszkowski, le ministère russe a peu après assuré Varsovie que les thèses du texte controversé "ne reflètent aucunement la position de la Fédération de Russie".
Jeudi soir, l'article était retiré du site du ministère. En Russie, l'ONG Mémorial et le journal indépendant Vremia Novosteï ont vivement dénoncé cet article "dangereux" pour les relations russo-polonaises déjà difficiles. "Cette vision des événements me dégoûte profondément. L'auteur simplifie les faits, les classe ou les déforme afin d'arriver aux conclusions voulues", a déclaré l'historien Arseni Roguinski, qui préside Mémorial.
"La publication sur le site du ministère de la défense de Russie représente un danger, car si l'on estime qu'il s'agit de l'opinion du ministère, c'est un pas vers une aggravation dangereuse dans les relations internationales", a-t-il prévenu.
RussieCette polémique éclate alors que le président russe, Dmitri Medvedev, vient d'ordonner la création d'une commission pour prévenir les "falsifications" de l'Histoire, jugeant notamment que le rôle de l'URSS lors de la Seconde guerre mondiale est trop souvent minimisé ou dénigré.
Dès lors, le quotidien russe
Vremia Novosteï relevait jeudi que la manière dont le colonel Kovalev lutte "contre les falsifications de l'Histoire dommageables à la Russie est justement dommageable à la Russie".
Le ministère de la Défense a tenté de désamorcer la controverse en se distançant du texte, sans pour autant aller jusqu'à en dénoncer le contenu. Ceci pourrait bien ne pas satisfaire la Pologne, alors que Varsovie n'apprécie déjà guère le refus de la justice russe de réouvrir l'enquête sur le massacre de 22.000 officiers polonais par la police secrète soviétique en 1940 à Katyn. (afp)