Le président de la fédération internationale de football (FIFA) Joseph Blatter est venu lundi à Bruxelles afin de discuter avec les autorités européennes de son projet "6+5", à savoir imposer aux clubs d'aligner au maximum cinq joueurs non éligibles avec l'équipe nationale du pays dans lequel évolue le club.
Cette règle n'est pas au goût de l'Union européenne car elle ne respecte pas la liberté de circulation des travailleurs au sein de l'Union. Jan Figel, le commissaire européen en charge notamment du sport, avait déjà exprimé un avis très négatif sur le projet "6+5".
Joseph Blatter s'est montré comme souvent très diplomate à l'issue de ces discussions. "Il n'est pas question d'édicter une règle '6+5' qui ne respecterait pas les lois".
Lundi, Joseph Blatter a précisé: "ce projet 6+5 ne se fera pas demain ou après-demain, il doit être en place dans trois ans. On va commencer d'abord par une phase 4+7 en 2010."
"Si nous ne sommes pas encore d'accord sur tout, il y a un point qui fait l'unanimité: "il faut mettre fin aux transferts des jeunes de moins de 18 ans".
"Il faut que les jeunes puissent avoir la possibilité de jouer en équipe première de leur club, c'est une question de motivation", ajouté Blatter qui s'appuie aussi sur la volonté du président français Nicolas Sarkozy de vouloir établir un exception européenne pour le sport.
"On nous dit que 6+5 est contraire à la libre circulation des travailleurs européens. Les statistiques montrent qu'il y a à peine 3 pc de travailleurs qui travaillent hors de leur pays. En football, ils sont entre 40 et 50%."
"Nous ne sommes pas seuls dans ce combat. Le Comité Olympique internationale, avec à sa tête Jacques Rogge, et d'autres grandes fédérations de sport comme le basket, le volley, le hockey sur glace et le rugby, nous soutiennent. J'ai reçu un mandat du Congrès de la FIFA pour aboutir, donc je n'abandonnerai pas"."Rien n'est définitif, une règle peut être interprétée, modifiée", assure encore le Suisse.
Si les points de vue entre l'Union européenne et la FIFA sont encore divergents sur la question, Blatter a tenu à motiver son point de vue.
"Le football est à la croisée des chemins. Derrière 6+5, il y a plus que 11 joueurs, il y a une philosophie du sport, l'éducation, la formation, l'identification des clubs, celle des joueurs et la protection des mineurs" a-t-il déclaré.
"Il est important de protéger la nationalité. La FIFA va édicter une nouvelle règle en matière d'éligibilité en cas de changement de nationalité. Il faudra avoir résidé cinq ans dans le pays mais à partir de l'âge de 18 ans. Sinon à terme, je vois qu'il y aura plus de joueurs brésiliens que de joueurs nationaux dans certaines sélections nationales. Il y a 6000 joueurs professionnels brésiliens. Pas tous des vedettes mais de bons joueurs."
"Les solutions envisagées par la FIFA et l'Union européenne ne sont pas les mêmes, mais nous restons en contact", a-t-il poursuivi.
"Le problème qui se pose dans le football actuel est l'investissement étranger. Le football est devenu le business privé le plus important au monde. Il attire dès des milliardaires et en particulier dans la Premier League anglaise, la plus riche de toutes. Les clubs sont dès lors à la merci de ces investisseurs qui se retirent quand leur intérêt disparaît et ce n'est pas bon pour le football. Ce problème qui concerne l'Europe mais qui commence aussi en Amérique du Sud doit être réglé par l'UEFA via la licence des clubs. Je pense que les clubs devraient être financés dans la région, voire le pays, où ils évoluent."
"Il ne faut oublier que les grands clubs européens rêvent toujours de créer une ligue fermée, comme c'est le cas aux Etats-Unis, et ce serait très négatif pour le football."
D'où la nécessité, selon Joseph Blatter, de mettre rapidement en place des réformes en commençant par son plan 6+5 et ce pour 2011, date de la fin de son troisième et dernier mandat. (afp)


