Plusieurs équipes de l'élite (ProTour) ont vécu comme une humiliation la domination dans le Giro des "petites" formations qui ont confisqué les honneurs et alimenté les rumeurs. Dans un milieu qui répugne à s'exprimer ouvertement, les propos ont été tenus sous le couvert de l'anonymat. Au centre du problème, la domination des formations "Continental Pro", encore plus performantes que les chiffres l'indiquent.
Leur part du gâteau, huit étapes sur vingt (hors contre-la-montre par équipes), devient en effet autrement plus importante si l'on retire les six étapes qui se sont conclues par un sprint massif. Seuls, dans l'effectif des équipes du ProTour, l'Italien Riccardo Ricco (deux fois) et l'Allemand Jens Voigt ont gagné une étape en ligne.
Des formations de premier plan aussi bien armées que Caisse d'Epargne (Rodriguez) et Quick Step (Bettini) ont fait fait chou blanc pour les succès d'étapes. Pour ne rien dire de Silence (McEwen battu à chaque fois au sprint), de Gerolsteiner, qui a terminé à deux coureurs, et des trois équipes françaises en lice.
Une formation, CSF, s'est retrouvée au centre des conversations. Avec, à un degré sensiblement moindre, la Tinkoff et son baroudeur bélarus Vasil Kiryienka, deux fois deuxième dans des arrivées au sommet avant de gagner au Monte Pora. "Il a grimpé grand plateau !", s'est exclamé un observateur présent là-haut sur la ligne, ébahi devant l'état de fraîcheur après quelque 180 kilomètres d'échappée du... pistard (champion du monde de course aux points).
Incontrôlable Sella
Mais Kiryienka, qui a concentré ses forces sur un succès d'étape, a été éclipsé par le leader de l'équipe CSF, Emanuele Sella, lequel a pratiquement tout raflé. "La grande surprise de ce Giro", a commenté son compatriote Damiano Cunego dans sa chronique au "Corriere della Sera". "Ce Sella est quasi-irrésistible", a renchéri Gilberto Simoni, privé de la victoire dans la dernière étape de montagne par son intenable et incontrôlable rival.
Au-delà des résultats (trois étapes de montagne, une deuxième place dans le chrono en côte, maillot de meilleur grimpeur), Sella a stupéfait par son niveau. Après avoir parcouru en échappée 330 kilomètres en deux jours -en montagne !-, il a grimpé la terrible Marmolada sensiblement au même rythme que ses adversaires en lutte pour le maillot rose.
"Je sais déjà que ce sera difficile de devoir rester à ce niveau", a concédé l'Italien (26 ans), dont l'euphorie a été partagée par ses coéquipiers. La CSF, une formation composée il est vrai pour l'essentiel de grimpeurs après l'exclusion de son sprinteur avant le départ (Richeze positif à un contrôle antidopage), a précédé sa suivante (Astana) au classement par équipes de... trois quarts d'heure.
Les plus soupçonneux ont rapproché cette supériorité de l'annonce faite par l'Union cycliste internationale (UCI) avant le Giro. "Tous les coureurs qui y participeront font partie du programme du passeport biologique", avait déclaré l'UCI. En précisant cependant que le nombre moyen de contrôles subis par les équipes différait (4 pour les ProTour, 2 pour les autres).
"On a vu la différence", a ironisé un responsable d'une équipe ProTour. Et de prophétiser: "Nos coureurs ne vont pas accepter longtemps de voir les autres leur tourner autour des oreilles..." (belga)
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