Il était attendu comme le Messie ou comme l'Empereur de la Formule 1, son surnom du temps de sa splendeur ; après douze courses, Michael Schumacher ne cesse de décevoir, au mieux, ou d'effrayer, comme dimanche à Budapest après sa manoeuvre dangereuse sur Rubens Barrichello. Le pari de Schumi était tout sauf gagné d'avance. Effectuer un retour gagnant dans une discipline qu'il a archi-dominée relevait du conte de fée, après trois années de retraite dorée, passées tantôt à jouer au VRP de luxe pour Ferrari tantôt à s'amuser à moto. L'Allemand détenait jusque là tous les records.
Sept sacres (1994, 1995, 2000, 2001, 2002, 2003 et 2004) en seize saisons, de 1991 à 2006, pour 91 victoires, 68 pole positions et 1369 points inscrits. Allait-il, comme l'espéraient ses nombreux fans, retrouver instantanément son niveau d'antan ? Les attentes, immenses, allaient rapidement être revues à la baisse. Passé un premier Grand Prix encourageant à Bahreïn, terminé 6e, Schumacher, pilote Mercedes après onze saisons chez Ferrari, a sombré dans l'anonymat sportif, hormis deux 4e places à Barcelone et Istanbul. Ses performances en piste laissent dubitatifs. Des débutants, tels Jaime Alguersuari ou Nico Hülkenberg, lui règlent son compte au gré des courses.
Son partenaire et compatriote Nico Rosberg l'assomme au Championnat, avec désormais près de trois fois plus de points que lui (94 contre 38). Les critiques l'accablent. A l'instar des propos tenus récemment par Eddie Jordan, l'ancien patron d'écurie l'ayant fait débuter en 1991 : "Le retour de Michael Schumacher était une excellente chose pour la discipline, mais pour lui personnellement, c'est une énorme erreur". "Revenir à 41 ans, pour se battre avec des jeunes qui ont 20 ans de moins, est tout simplement contraire aux lois de la physique et de la médecine", poursuit le Britannique.
L'âge de Schumi n'est pas le seul problème. D'autres raisons objectives expliquent sa méforme. La discipline a évolué durant son absence et il doit se remettre à la page. Mais surtout sa Mercedes n'est pas compétitive. "Mon but, c'est le Championnat, mais à un moment, tu comprends que ton package te permet d'être là où tu te trouves (...) Pour moi, il s'agit plutôt de construire et de (m)'organiser pour l'an prochain", observait-il début juin à Melbourne, confiant abandonner ses rêves de titre cette saison. Tout en insistant, sempiternellement, sur le "plaisir" pris au volant.
Le Schumacher cru 2010, devenu hédoniste, se surprend parfois à sourire. Le champion entêté et arrogant se serait-il mué en quadragénaire bonhomme ? Quelques inspirations contestables en piste permettent d'assurer le contraire. A Monaco, il est sanctionné pour un dépassement roublard sur Alonso alors que la voiture de sécurité sort de piste. Dimanche au GP de Hongrie, il serre méchamment Rubens Barrichello, son ancien faire-valoir chez Ferrari, contre le muret des stands pour empêcher celui-ci de le dépasser. Les deux hommes manquent de peu de s'écraser l'un contre l'autre. La manoeuvre rappelle ses mouvements les plus contestables lors de ses années de gloire.
"Je ne suis pas connu pour faire des cadeaux sur la piste. Si tu veux me dépasser, il va falloir te battre", se justifie-t-il, provocateur. Le masque tombe. "Il ramène avec lui quelque chose du passé qui n'est plus nécessaire aujourd'hui, juge Barrichello. Il s'est arrêté pendant trois ans mais il n'a pas du tout changé. C'est encore le même mec". Docteur Michael ou Mister Schumacher. (afp/chds)


